Depuis quelques années, il est devenu de plus en plus courant de voir des cyclistes avec des dispositifs étranges sur le nez. Certains utilisent des écarteurs nasaux, tandis que d'autres optent pour des mèches de coton imbibées d'huile mentholée. Mais pourquoi ? Cet article explore les raisons derrière ces pratiques.
Les écarteurs nasaux : une nouvelle tendance ?
Sur le Tour de France 2025, beaucoup de coureurs portent des écarteurs nasaux. Ils ne sont pas encore majoritaires, mais de plus en plus nombreux. Cet été sur les routes de France, vous les avez peut-être aperçus, vous aussi. Placés au milieu du nez, juste au-dessus des narines, les écarteurs nasaux sont en effet à la mode, de nouveau, dans le peloton. Kévin Vauquelin, 6e du général et l’une des révélations de cette première partie de Grande Boucle, en porte notamment.
Au bout de vingt ans, on commençait à s’habituer au sparadrap écarteur de narines sur le nez des athlètes, même si celui d’Alberto Contador avait difficilement passé l’étape des pavés. Chris Froome et son équipe Sky, toujours en quête de gains marginaux, sont peut-être en train de lancer une nouvelle tendance avec un anneau dans le nez.
Sur le grimpeur britannique, cela ressemble de loin à un piercing en plastique, cousin un peu plus discret des anneaux portés par les boeufs ou les cochons. De près, on n’a pas vraiment d’idée plus précise sur son usage.
Cet objet s’appelle en fait la Turbine, nouvelle génération des écarteurs de narines, et Chris Froome l’a testé en course pour la première fois l’été dernier lors du Tour d’Espagne. Selon Rhinomed, l’entreprise qui commercialise l’accessoire, la Turbine permet de dilater les narines pendant l’effort et facilite la respiration. Les créateurs assurent que l'amélioration de la respiration est 38 % supérieure (en moyenne) à ce que permet un écarteur de narines.
Plusieurs autres coureurs sont en partenariat avec le fabricant, dont l’Australien Jack Bobridge, qui le portait lors de sa tentative (ratée) pour le record de l’heure en début d’année. Une victoire de Froome dans ce Tour de France et les faux piercings pourraient bien se multiplier dans le peloton.

Chris Froome portant un écarteur nasal.
L'avis des professionnels de la santé
LIRE AUSSI. Tour de France. Mais pourquoi les coureurs en sont-ils fans ? « Ça, c’est une bonne question, rigole Mathieu Le Strat, médecin de la formation Arkéa B & B Hotels. Il n’y a aucune recommandation médicale, en tout cas. » Anthony Bouillot, l’un des entraîneurs de l’équipe Groupama-FDJ, abonde : « Physiologiquement, aucune étude scientifique ne dit qu’il y a un effet positif de ces écarteurs. Pour lui, c’est plutôt une démarche marketing.
« Pas mal de marques ont investi ce terrain-là, et c’est parti ainsi… » « C’est complètement du business », lâche Mathieu Le Strat. Officiellement, ce patch collé ou aimanté a vu le jour dans les années 1990. Ces bandelettes se placent au niveau de l’arête du nez et sont censées faciliter la respiration en dilatant les narines. Mais rien n’est étayé d’un point de vue scientifique.
« Le but recherché est d’augmenter le débit respiratoire, mais ça n’est pas prouvé », confirme Anthony Bouillot. « Il y a surtout un impact psychologique, ajoute Mathieu Le Strat. Comme les coureurs cherchent à tout optimiser, ils veulent se donner les meilleures chances et pour certains, c’en est une. » D’autant qu’il l’ajoute, « à haute intensité, c’est de la respiration à 95 ou 100 % par la bouche, et pas par le nez ! » Il pense donc surtout que « c’est du domaine du ressenti, du confort ».
Depuis le temps, ces écarteurs nasaux n’ont pas séduit que les cyclistes. En tennis, Carloz Alcaraz notamment, s’y est déjà essayé plusieurs fois, des footballeurs ont aussi été séduits.
L'huile mentholée : une autre astuce pour mieux respirer
Les AG2R de Romain Bardet sont sur la même voie. A l’échauffement avant son contre-la-montre, l’Auvergnat était affublé d’une étrange veste noire reliée à une sorte de clim' et de deux mèches dans le nez (vous savez, comme quand vous saigniez du nez quand vous étiez gamin).
L’explication ? Le gilet est une veste réfrigérante, pour s’échauffer sans trop monter en température. Et les mèches de coton ? Imbibées d’huile mentholée, pour dégager les bronches.
Certains coursiers ont pour habitude de mettre un peu d’huile « Olbaze » ou de l’ “essence algérienne” sur 2 morceaux de coton qu’ils mettent dans les narines pendant la fin de l’échauffement, et de boire une toute petite gorgée (l’équivalent d’une cuillère à café pas plus) de « Glycérine mentholée à 1 ou 2%” juste avant de monter sur la rampe (ne pas confondre avec la Nitroglycérine !!!); il faut garder en bouche quelques secondes cette glycérine avant de l’avaler juste sur la rampe : l’Olbaze ou l’essence algérienne ça sert à dilater les voies aériennes nasales, la Glycérine mentholée à stimuler la dilatation bronchique et à mieux respirer.

Un exemple d'inhalateur nasal contenant des huiles essentielles.
Conclusion
En conclusion, bien que l'efficacité des écarteurs nasaux et de l'huile mentholée ne soit pas scientifiquement prouvée, de nombreux cyclistes les utilisent pour améliorer leur confort respiratoire et potentiellement leurs performances. Que ce soit un effet placebo ou un réel avantage physiologique, ces pratiques continuent de susciter l'intérêt et la curiosité dans le monde du cyclisme professionnel.