Les scooters et motos "saturent les trottoirs, polluent beaucoup plus que les voitures et émettent des nuisances sonores qui peuvent créer des dommages irréversibles sur les enfants". Ces mots sont ceux de Pierre-Yves Bournazel, député de Paris, soulignant un problème croissant dans la capitale française. Cet article explore la définition et les enjeux du mouvement "Ras le Scoot", ainsi que les débats entourant la régulation des deux-roues motorisés en milieu urbain.

Le Contexte Parisien : Un Point Aveugle de la Politique des Mobilités
Selon M. Bournazel, la question des deux-roues motorisés dans la ville n’a pas été traitée, représentant un point aveugle de la politique des mobilités. La situation actuelle est la pire, comme le constatent les organismes indépendants qui mesurent la pollution ou le bruit.
La Proposition de Stationnement Payant
Pour remédier à cette situation, M. Bournazel a proposé d'instituer le stationnement payant pour les scooters et motos, à deux ou trois roues, dans les limites de la ville de Paris, avec les mêmes tarifs qu’à Vincennes et Charenton-le-Pont, deux villes du Val-de-Marne où le stationnement des deux-roues motorisés est payant depuis avril 2018.
Le Collectif Ras le Scoot : Un Soutien à la Régulation
Le collectif Ras le Scoot, qui rassemble plusieurs associations de piétons, cyclistes, usagers des transports publics et de lutte contre la pollution, soutient cette mesure. Ce collectif a été créé en avril 2018 et répertorie les nuisances des deux-roues motorisés, réclamant un encadrement de leur usage, à Paris comme ailleurs.

Rejet de la Délibération et Promesses de Futurs Débats
La délibération a pourtant été rejetée par la maire de Paris, ainsi que les groupes de la majorité (PS, PC, Générations et PRG), qui ont promis de futurs « états-généraux du stationnement » après les municipales.
Les Reculades d'Anne Hidalgo et le Tabou Tombé
Ce n’est pas la première fois qu’Anne Hidalgo (PS) recule sur ce sujet. Pendant la campagne électorale de 2014, la future maire s’était brièvement prononcée en faveur de cette mesure, avant de se rétracter promptement. Désormais, la contribution des propriétaires de scooters et motos à leur occupation de l’espace public n’est plus un tabou.
Comment se déplacer sans polluer ? (EP. 667) - 1 jour, 1 question
L'Exemple de Vincennes : Des Résultats Concrets
A Charenton et Vincennes, le dispositif porte ses fruits. « Les scooters ventouse ont disparu, les gens les ont rangés dans les garages. Et les Parisiens ne viennent plus garer leur scooter à Vincennes », explique la maire (UDI), Charlotte Libert-Albanel, qui décrivait en mars 2018 « un ras-le-bol général des incivilités d’une partie des conducteurs de deux-roues motorisés ».
Une partie des arceaux jusqu’alors réservés aux scooters, désormais vides, ont été transformés en places de stationnement pour les vélos. L’exemple vincennois montre au passage qu’il ne sert à rien de créer de nouvelles places de stationnement, comme le propose M. Bournazel.
La Pollution Engendrée par les Scooters et Motos
Les scooters et motos polluent beaucoup, beaucoup, beaucoup plus que les voitures. Par litre de carburant consommé, leurs émissions de monoxyde de carbone (CO) sont dix fois plus élevées que celles des voitures à essence et vingt fois plus que les voitures propulsées au diesel. Leurs émissions d’oxydes d’azote (NOX) sont inférieures à celles de la moyenne des véhicules diesel, mais trois fois plus élevées que la moyenne des voitures à essence.
Les Conclusions de l'Étude de l'ICCT
Ces données proviennent d’une enquête réalisée par le Conseil international sur le transport propre (ICCT), l’organisme qui a révélé l’affaire Volkswagen. Pendant 20 jours, en juin et juillet 2018, cette structure indépendante a posé des portiques dans trois rues des 12ème et 13ème arrondissements de Paris. Les pots d’échappement de 180000 véhicules, tous gabarits confondus, ont été analysés.
Pour les deux-roues motorisés, les chiffres parlent d’eux-mêmes. On peut se demander pourquoi ce constat, que chaque citadin observe empiriquement en respirant, n’a pas été pris en compte plus tôt.

Un Impact Disproportionné
« Jusqu’à 2016, nous avions très peu d’information sur les émissions réelles des deux-roues motorisés », explique Yoann Bernard, chercheur à ICCT Europe. « Les capteurs ont d’abord été installés sur les gros véhicules, bus et camions. »
Le Contrôle Technique des Deux-Roues : Une Mesure Contestée
Face à la mise en place du contrôle technique des deux-roues, les motards ne cessent de se lever contre cette mesure qu'ils jugent inutile et contre-productive. Les motards veulent des solutions alternatives, mais pas de contrôle technique.
Les propriétaires de deux-roues entendent l’argument de la sécurité, mais ils ne sont pas pour autant en adéquation avec celui-ci : « On a vingt ans de recul de chiffres sur la sécurité pour montrer que l’état technique du véhicule n’est à l’origine que de 0,3 % des accidents », analyse de son côté Frédéric Jeorge, motard dans les Alpes.
Franck-Olivier Torro, porte-parole de l’association Ras-le-Scoot, se dit « très favorable » au contrôle technique imposé aux deux-roues motorisés, dans un entretien à actu.fr. Selon lui, il s’agit de « pouvoir contrôler les niveaux de nuisances atmosphériques et sonores. »
Les Villes Déclarent la Guerre aux Scooters
Plusieurs villes ont déjà interdit aux livreurs en scooter de circuler dans les zones piétonnes. La municipalité de Nantes a pris lundi un arrêté interdisant l’entrée des scooters non-électriques dans les zones piétonnes du centre-ville.
Interdire fermement les scooters dans les rues piétonnes, c'est aussi ce que demande le collectif "Ras le scoot": "Ce n’est pas une guerre contre les scooters, c’est une guerre contre un type de mobilité qui n’a plus sa place dans une ville apaisée."
| Type de véhicule | Monoxyde de carbone (CO) | Oxydes d'azote (NOX) |
|---|---|---|
| Scooters et motos | 10x voitures essence, 20x voitures diesel | 3x voitures essence, moins que diesel |
| Voitures essence | 1x | 1x |
| Voitures diesel | Moins que essence | Plus que essence |