La Roue de bicyclette de Marcel Duchamp est probablement l'un des objets artistiques les plus intrigants du XXe siècle. Cette œuvre peut déconcerter par son caractère surréaliste avant la lettre : il s'agit en effet d'une roue de vélo, sans pneu, fixée par sa fourche sur un banal tabouret d'atelier en bois.
Roue de bicyclette de Marcel Duchamp
Aussi singulière qu'elle paraisse, cette association bizarre de deux objets somme toute banals, qui ne doit semble-t-il plus rien au savoir-faire traditionnel de l'artiste, ne résulte cependant pas d'un cerveau malade.
Contexte Historique et Culturel
Duchamp est un artiste intellectuel, qui baigne dans le contexte culturel européen, et singulièrement français, très spécifique du début du XXe siècle. Beaucoup d'artistes en effet pensent que l'histoire de la peinture est en train de s'achever et la Première Guerre mondiale, avec ses horreurs, ses morts et ses destructions, scelle même tout bonnement la fin d'un monde. L'œuvre de Marcel Duchamp a bouleversé radicalement l'art du XXe siècle. Né en 1887, l’artiste français Marcel Duchamp commença sa carrière dans le sillage du mouvement cubiste au début des années 1910. Mais l’abandon d’une peinture strictement descriptive et la juxtaposition d’éléments représentant les différentes phases du mouvement rapprochent alors son travail de celui des futuristes.
Avec Nu descendant un escalier, il fait scandale en 1912 à Paris, puis en 1913 à New York. Parti aux Etats-Unis pendant la Première Guerre mondiale, il introduit alors le thème de l’objet manufacturé aux formes mécaniques dans la création artistique. Ainsi avec La Mariée mise à nu par ses célibataires, même qu’il exécute en feuille et fil de plomb sur une plaque de verre à New York de 1915 à 1923, Duchamp abandonne les "manipulations formalistes" de la peinture pour s’engager dans un art conceptuel, interrogeant les fondements de l’art. Cette machine, au-delà du thème de l’impossibilité d’aimer, vient pointer la faillite de la perspective illusionniste inventée à la Renaissance.
L'Innovation Radicale de Duchamp
Duchamp innove radicalement et propose, certes avec un soupçon de provocation, une nouvelle posture artistique. « Puisque je me déclare artiste, semble-t-il nous dire, et bien je peux décider de ce qui est art. » En d'autres termes, il choisit d'exposer des produits manufacturés - en l'occurrence une roue de bicyclette et un tabouret - et nous les impose comme étant des œuvres d'art, hissées à ce statut par sa seule volonté d'artiste. Détournés de leur fonction, ces objets fabriqués en série, donc « déjà faits » - ready-made - s'apparentent à une sculpture.
À condition toutefois que notre regard y consente - le rôle du spectateur est désormais crucial -, cet accouplement hybride se voit élevé au rang d'œuvre d'art à part entière, avec une ironie qui n'a cessé depuis de perturber nos conventions culturelles. Par la remise en question drastique des modes d'expression traditionnels, le refus des contraintes idéologiques et esthétiques et l'irrespect subversif, cette démarche a donné naissance à une grande partie des pratiques artistiques actuelles, qu'elles le revendiquent ou non.
Marcel Duchamp c’est l’artiste contemporain qui fait basculer l’art dans une nouvelle ère! Vous allez me dire que parler de Marcel Duchamp c’est attendu, pas très original et vous aurez raison. Je vous propose donc un article complet qui présente l’étendue des enjeux plastiques et théoriques de la pratique duchampienne mais pas que… Par exemple, saviez-vous qu’il n’était pas l’auteur de l’Urinoir?
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Le Ready-Made et son Impact
Beaucoup considèrent Roue de bicyclette comme le 1er ready-made de Marcel Duchamp. On va dire que c’est Ok si ce n’est, qu’il n’y a pas 1 mais 2 objets. Cependant, l’idée est là donc let me introduce le READY-MADE! Oui, je sais ça vous laisse dubitatif ! C’est normal. Sur le coup je vous rassure personne n’y avait rien compris. En effet, le ready-made, au départ anti rétinien et donc anti artistique, est en fait une machine à produire du discours sur l’art. La question visuelle ne compte plus. On parle ainsi d’un art réflexif.
C’est définitivement la proposition artistique que l’on qualifie de n’importe quoi et face à laquelle on considère que Duchamp s’est littéralement foutu de nous. … En réalité, il s’agissait de prendre à leur propre piège des acteurs du monde de l’art (et des artistes) se disant libéraux, tolérants et ouverts. En 1917, Marcel Duchamp est aux États-Unis et il est un artiste reconnu. Et c’est précisément pour tester cette ouverture d’esprit autoproclamée que Duchamp, sous le pseudonyme de R.
Mutt, propose une œuvre pour une exposition. Ainsi, il fait appel à son ami photographe et galeriste Alfred Stieglitz auquel il demande de prendre Fontaine en photo et de l’exposer dans sa galerie. Ainsi, avec Fontaine, Duchamp prévoit et orchestre le scandale, tout en en assurant la publicité!
Je suis quasiment certaine que vous ignorez cette partie de l’histoire! Une de mes amies sous un pseudonyme masculin, Richard Mutt, avait envoyé une pissotière en porcelaine comme sculpture… Le comité a décidé de refuser d’exposer cette chose… J’ai donné ma démission et c’est un potin qui aura sa valeur dans New York. J’avais envie de faire une exposition spéciale des refusés aux Indépendants.
Donc, vous l’aurez compris, Fontaine n’est qu’un R. Elle est allemande. Née en 1874 et morte en 1927. C’est une originale.Elle est sculptrice et égérie du mouvement Dada de New York, on la surnomme d’ailleurs Dada Baroness. Son troisième mari l’abandonne en 1914 et elle se retrouve sans ressources. Cependant, elle devient une icône de Greenwich Village par son apparence aussi artistique que loufoque : corbeille à papier ou seau à charbon comme chapeau, objets trouvés ou volés décorant ses robes. Elle est souvent arrêtée pour avoir tenté de se baigner dans des fontaines publiques. C’est ainsi que les dadaïstes à New-York commencent à s’intéresser à elle.
En 1917, elle réalise avec le peintre et photographe Morton Schamberg, une sculpture intitulée God. Il s’agit d’un tuyau de plomb sur une boîte à onglet. J’en pense donc que nous sommes face à un bel exemple d’invisibilisation des femmes à l’époque tout comme dans l’histoire de l’art qui lui fait suite. En effet, Marcel Duchamp dit clairement à sa soeur avoir envie de faire une exposition spéciale des refusés aux Indépendants. Aussi, aurait-il pu se contenter du Richard Mutt Case en mentionnant Elsa von Freytag-Loringhoven.
Curieusement, c’est Francis Naumann, le plus célèbre spécialiste américain de Duchamp, qui s’est involontairement trouvé à la base de cette « fausse nouvelle », en essayant, en 1994, d’améliorer le travail artistique de la Baronne dans son célèbre livre New York Dada 1915-23. Quand Irene Gammel a lu ce texte en 2001, elle a poussé l’allégation jusqu’à à prétendre (sans avoir de preuve réelles) que la Baronne pourrait aussi être l’auteur de Fountain de Duchamp.
Bien sûr il avait des amis dans les deux mouvements et il a collaboré aux revues des uns et des autres d’où une certaine confusion. Cependant, il a toujours revendiqué son indépendance et sa liberté. Ici, Marcel Duchamp se rase l’arrière du crâne en forme d’étoile. Par cet acte, il s’impose comme précurseur de la performance avant l’heure. Les toiles c’est laid. Ici, avec la première proposition, il revendique son esthétique anti-rétinienne tandis que dans la deuxième, il affirme son indépendance en adressant avec l’humour qui le caractérise un message à André Breton.
L.H.O.O.Q.: La Joconde revisitée
D’autre part, en la travestissant, il désacralise à la fois le geste de l’auteur du tableau et son sujet. Outre, le fait que Mona Lisa soit inscrit dans le top 10 des chefs d’oeuvres de l’art occidental, c’est également une toile énigmatique qui a fait couler beaucoup d’encre. La Joconde pose donc la question du genre et ce, en plein milieu du 16è siècle.
Ainsi, la Joconde serait serait ou en tout cas pourrait être le fruit d’une réflexion sur l’androgynie. Ainsi, même si l’on souhaite remettre en cause le bien fondé de cette analyse, Marcel Duchamp avait déjà retenu cette approche en 1919. En faisant le choix du travestissement, Marcel Duchamp performe le genre au sens de Judith Butler. Cela montre que ces questions étaient déjà présentes au sein des milieux intellectuels et artistiques.
Belle Haleine, Eau de Voilette
Il s’agit d’un flacon sablé en cristal, taillé en forme de montre. En 1921, Marcel Duchamp crée une étiquette de parfum - Belle Haleine, Eau de Voilette - qu’il colle sur un flacon d’Un air embaumé. D’autre part, Paul Poiret, célèbre couturier publiait régulièrement dans Vogue, cette fois-ci en pleine page présentant sa marque.
Il se rend aux Etats-Unis où il retrouve son ami Francis Picabia. avec Man Ray qui restera son ami toute sa vie durant. dont il fait partie, sa Fontaine, sous le pseudonyme de Richard Mutt. Rentré à Paris, il collabore avec les dadaïstes. De retour à New York, il fonde avec Man Ray et Katherine S. en achetant des uvres à de jeunes artistes. l'appellent la Société Anonyme. York Dada. même l'art. Il participe au tournage du film avant-gardiste Entr'acte de René Clair. du théâtre des Champs-Elysées.
Avec Roue de bicyclette, Duchamp défie l’art traditionnel en transformant un objet du quotidien en une œuvre avant-gardiste. Créée en 1913, Roue de bicyclette Marcel Duchamp est reconnue comme le premier “ready-made” de l’histoire de l’art moderne. Un ready-made est un objet du quotidien transformé en art en étant sorti de son contexte et exposé dans un environnement artistique. Avec un tabouret et une roue, Duchamp crée une sculpture conceptuelle qui questionne la nature même de l’art et son processus de création.
Contrairement aux sculptures traditionnelles, statiques, Roue de bicyclette permettait l’interaction : Duchamp aimait faire tourner la roue, appréciant le mouvement hypnotique des rayons. Actuellement, une réplique est exposée au Musée d’Art Moderne de Stockholm. Tandis que la version originale se trouve au Musée d’Art Moderne de New York (MoMA).
Roue de bicyclette illustre parfaitement le mouvement dadaïste, qui rejette la logique et remet en cause les conventions artistiques. Les dadaïstes cherchaient à rompre avec les conventions et à remettre en question l’idée que l’art devait être esthétiquement agréable ou techniquement élaboré. À travers Roue de bicyclette, Duchamp s’interroge :
- L’art doit-il être créé par la main de l’artiste ou peut-il naître d’objets préexistants ?
- Le sens de l’art est-il défini par le créateur ou par le spectateur ?
- Le mouvement peut-il être une forme d’expression artistique ?
Le choix d’une roue de bicyclette, un objet mécanique et fonctionnel, ajoute un niveau d’interprétation supplémentaire. Pour certains, elle symbolise le progrès et la modernité ; pour d’autres, elle remet en question la conception traditionnelle de la sculpture.
L’utilisation d’une roue de bicyclette dans l’art n’est pas anodine. À travers l’histoire, la bicyclette a été un symbole de :
- Mouvement et liberté : La roue en rotation évoque le dynamisme, le progrès et l’évolution.
- Cycle et répétition : La rotation constante peut symboliser la routine, le temps ou la vie elle-même.
- Innovation et technologie : Au début du XXe siècle, la bicyclette représentait la modernité, reflétant l’industrialisation et l’ingéniosité humaine.
Duchamp, en tant qu’artiste provocateur et novateur, voyait peut-être dans la bicyclette non seulement un objet utilitaire, mais aussi un symbole de transformation et de rupture avec les normes établies.
L’impact de Roue de bicyclette a traversé les générations et continue d’inspirer les artistes et les designers. Son concept a influencé des mouvements tels que l’art conceptuel, le minimalisme et le pop art. De plus, l’utilisation d’objets du quotidien est devenue une pratique courante dans l’art du XXe et du XXIe siècle.
L’idée du ready-made a inspiré de nombreux artistes, qui ont réutilisé des bicyclettes dans leurs œuvres et installations. Parmi les exemples notables :
- Ai Weiwei et ses sculptures composées de centaines de bicyclettes assemblées.
- Jean Tinguely, qui a intégré des roues de bicyclette dans ses machines cinétiques.
- Pablo Picasso avec son œuvre Tête de taureau, créée à partir d’une selle et d’un guidon de bicyclette.
Plus d’un siècle après sa création, Roue de bicyclette reste une œuvre révolutionnaire. Sa combinaison entre un objet du quotidien et un message profond continue de remettre en question les notions d’art et de créativité. Pour les amateurs de cyclisme, cette œuvre peut également être perçue comme un hommage à la bicyclette, une invention qui a transformé notre façon de nous déplacer et d’explorer le monde. Duchamp a démontré que l’art n’a pas de limites et que même une simple roue de bicyclette peut devenir une œuvre d’art majeure.
| Œuvre | Année | Description |
|---|---|---|
| Roue de bicyclette | 1913 | Roue de vélo fixée sur un tabouret |
| Fontaine | 1917 | Urinoir signé "R. Mutt" |
| L.H.O.O.Q. | 1919 | Reproduction de la Joconde avec une moustache et une barbiche |
| Belle Haleine, Eau de Voilette | 1921 | Flacon de parfum avec une étiquette modifiée |
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