Le Grand Prix moto d'Autriche a été marqué par deux accidents très violents impliquant plusieurs pilotes, mais qui miraculeusement n'ont pas fait de blessés graves, ce qui n'en a pas empêché certains de reprocher à leurs rivaux de prendre des risques inconsidérés.
Au 9e tour du Grand Prix d’Autriche, Johann Zarco et Franco Morbidelli se sont accrochés dans la partie la plus rapide du circuit à environ 270 km/h, provoquant une réaction en chaîne qui aurait pu se terminer de façon tragique.

Les deux motos glissent avant de rebondir sur la piste à pleine vitesse, manquant de heurter de plein fouet Valentino Rossi et Maverick Viñales. Par miracle, ces derniers évitent la collision tandis que Morbidelli et Zarco s’en sortent sans grosses blessures (fracture du scaphoïde pour le Français).
Le déroulement de l'accident
GP D'AUTRICHE - Quelle image ! Franco Morbidelli (Yamaha-SRT) et Johann Zarco (Ducati-Avintia) se sont accrochés en début de course, provoquant un incroyable crash entre leur deux motos.
Le contact a alors été inévitable entre les deux pilotes. Ils ont instantanément été projetés au sol puis ont roulé dans l'herbe à l'extérieur de la piste. Cette dernière a traversé la piste peu après le point de corde du virage 3, passant exactement entre les deux Yamaha officielles de Maverick Viñales et Valentino Rossi.

Zarco s'est rapidement remis sur ses pieds et, passé le choc de ce terrible incident, a été s'enquérir de la santé de Morbidelli, qui était resté au sol, prostré mais conscient, avant d'être évacué sur civière. La course a évidemment immédiatement été interrompue par un drapeau rouge pour nettoyer la zone de l'incident, jonchée de débris. Les deux pilotes impliqués dans l'incident ne reprendront bien sûr pas la piste, Morbidelli étant au centre médical pour des examens de contrôle.
Réactions des pilotes
Plusieurs pilotes ont partagé leurs impressions sur l'accident :
- Valentino Rossi (Yamaha, 5e) : « C’était très très effrayant On a vraiment eu beaucoup de chance tous les quatre, mais spécialement Maverick et moi. On peut aller prier ce soir parce que la situation était vraiment très dangereuse. »
- Maverick Viñales (Yamaha), 10e : « Nous avons eu beaucoup de chance aujourd’hui. Ce sont des choses qui peuvent arriver en course. On le savait, nous avions déjà dit à plusieurs reprises que le virage n° 3 est dangereux. »
- Brad Binder (KTM), 4e : « Wouah, c’était vraiment effrayant. Ils se sont accrochés juste devant moi. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. »
- Alex Rins (Suzuki), chute : « J’ai vu le dépassement puis la Ducati voler sur la piste en direction de Valentino et Maverick. Ils ont eu beaucoup de chance. »
- Fabio Quartararo (Petronas Yamaha SRT), 8e : « Je n’ai pas vraiment vu l’incident sur le moment, car lorsqu’on pilote, on essaie de rester concentré sur sa course. J’ai depuis regardé un peu les images. Le plus important est que tout le monde aille bien. »
- Miguel Oliveira (KTM Tech 3), chute : « C’est très compliqué de juger ce qu’il s’est passé. Je pense qu’il était impossible pour Franco d’éviter Zarco. Avec les turbulences que provoquent la vitesse et l’aspiration, il devient très difficile de corriger sa trajectoire à 300 km/h. Nous avons évité une tragédie. »
- Cal Crutchlow (LCR Honda), 15e : « J’espère ne plus jamais revoir cela. En tant que pilote, on ne veut jamais voir quelqu’un se blesser. Je pense que personne n’est à blâmer dans cet incident. »
- Danilo Petrucci (Ducati), 7e : « J’étais deux ou trois positions derrière Johann et Franco. Je n’ai pas vu le moment du contact, mais j’ai bien vu les motos revenir et débouler sur la piste. Personne n’est blessé, mais ça aurait pu être un désastre. »
L'accident en Moto2
Le Grand Prix d'Autriche de Moto2 a également été marqué par un accident très spectaculaire qui a vu la moto d'Enea Bastianini, tombé en sortie de virage, être percutée de plein fouet par le Malaisien Hafyzh Syahrin.
L'Italien Enea Bastianini a perdu le contrôle de sa moto à la sortie d'un virage, et son engin a été percuté de plein fouet par le Malaisien Hafizh Syahrin qui a effectué un spectaculaire vol plané avant de rester un long moment allongé sur la piste. Là encore, Syahrin n'a pas été gravement blessé, ne souffrant que d'une contusion pelvienne.
Les conséquences et les critiques
La légende italienne Valentino Rossi, septuple champion du monde en catégorie reine et qui court encore à 41 ans, n'a pas mâché ses mots après avoir été impliqué malgré lui dans l'accident en MotoGP. "J'ai presque failli être tué", s'est-il exclamé après la course.
Rossi n'a pas hésité ensuite à accuser Zarco de la responsabilité de l'accident. "Nous faisons un sport très dangereux, il faut respecter ses adversaires sur la piste", a-t-il lancé.
Morbidelli a été encore plus direct, n'hésitant pas à traiter le pilote français de "meurtrier" dans des déclarations aux médias italiens.
Ce dernier s'en est défendu : "Je ne sais pas ce qui s'est passé. J'ai l'impression que la moto de Morbidelli m'a poussé. J'ai pu le dépasser dans la ligne droite, j'étais déjà bien devant et, au moment du freinage, je me suis déporté sur la droite et c'est là où nous nous sommes heurtés. Ce n'était pas une manoeuvre faite exprès", a-t-il affirmé lors d'un point presse.
Johann Zarco, critiqué par quelques pilotes dont la légende Valentino Rossi, s'est défendu mercredi dans une interview accordée à L'Equipe. "Je leur ai expliqué qu'il n'y avait eu aucune mauvaise intention de ma part, affirme-t-il. Je double Morbidelli au bout de la ligne droite car j'arrive vraiment beaucoup vite que lui. Et c'est quand je prends les freins qu'il touche ma roue arrière. À partir de là, je n'ai rien pu faire."
Avant de poursuivre : "Si vous prenez le temps de bien regarder les images, vous verrez que Jack Miller passe exactement au même endroit que moi. [...] Ma trajectoire n'est pas folle, loin de là. Je tiens à calmer les esprits car cette histoire a pris une tournure incroyable."
Le Vauclusien prend en exemple l'incident qui était survenu en Australie en 2018 avec l'Espagnol Marc Marquez, qui lui avait fait la même chose : "Je le percute, je casse sa selle... Je me retrouve sur le dos alors que lui reste sur ses roues. Personne ne l'a alors accusé, lâche-t-il. Quand Rossi dit aujourd'hui que je me suis délibérément déporté devant Morbidelli, c'est totalement faux.
Le vainqueur du jour, l'Italien Andrea Dovizioso, est resté prudent sur les causes de l'accrochage : "Il s'est produit quelque chose d'étrange et il faut analyser ce qui s'est passé", a-t-il souligné en conférence de presse.
Interrogé sur ce qui poussait les pilotes motos à remonter sur leurs machines surpuissantes après avoir assisté, ou avoir été eux-mêmes victimes, de tels accidents, il a répondu : "Nous sommes des êtres humains mais dans ce genre de situation, il ne faut pas être trop humain. Si on est rationnel, on ne peut pas pousser son corps à la limite. Dans cette situation, il faut continuer car sinon vous ne pouvez pas être pilote.
« Cela fait trois ans que nous disons qu’il faut changer certaines choses mais rien ne se passe, déplorait déjà Aleix Espargaro avant le GP de Styrie ce week-end. C’est décevant de voir que rien n’a été fait. Vous ne pouvez pas imaginer combien nous avons poussé en ce sens.
« Le virage 1 est aussi très dangereux, ajoutait son compatriote Joan Mir (Suzuki), 2e. A la sortie de ces deux courbes, il y a une montée puis une descente. Si quelque chose se produit là, vous ne le voyez pas.
« Mais cette piste a trois ou quatre freinages un peu dingues et le plus dangereux est au virage 3, estimait tout de même l’Italien. A la longue, c’est dangereux pour les freins et ça peut expliquer ce qui est arrivé à Maverick l’an dernier.
La modification des virages dangereux (le Français Fabio Quartararo, par exemple, propose de remplacer l’asphalte à l’extérieur de la première courbe par de l’herbe ou des graviers pour forcer les pilotes à freiner plus tôt) ?