La société Segway va mettre un terme à la production du transporteur emblématique Segway PT le 15 juillet prochain, rapporte le site de la chaîne américaine CNN. Cette plateforme sur deux roues surmontée d’un guidon avait fait une entrée fracassante dans le nouveau millénaire, mais l’invention s’est très vite taillé une mauvaise réputation, jusqu’à passer de mode avant sa commercialisation.
“Le Segway PT a fait l’effet d’une bombe le 3 décembre 2001 lorsqu’il a été dévoilé pour la première fois dans l’émission Good Morning America”, écrit CNN. Son inventeur, Dean Kamen, avait alors annoncé l’arrivée d’une révolution en matière de transport urbain, qui rendrait les voitures obsolètes.
Un engouement initial suivi d'une désillusion
Le Segway a été créé en 1999 par Dean Kamen qui tablait sur un succès phénoménal et prévoyait au moins 100 000 ventes au cours de la première année de commercialisation. L'histoire en a voulu autrement.
Lancé en 2001, bien avant les trottinettes électriques et autres véhicules de ce type, le gyropode de la marque Segway vit maintenant ses dernières heures. En effet, Segway Inc ne fabriquera plus l'engin à compter du 15 juillet pour se concentrer sur d'autres activités. L'arrêt de cette production entraînera 21 suppressions de postes à l'usine de Bedford, dans le New Hamphire.
Malgré une large campagne marketing à son lancement, le Segway a peiné à trouver sa clientèle. Hormis quelques policiers ou des groupes de touristes, très peu de Segway circulent dans les rues. Rachetée en 2015 par la start-up chinoise de robotique Ninebot Inc, Segway a gardé son site de production aux États-Unis. L'arrêt de la production va entraîner le licenciement de 21 salariés.
En 19 ans d'existence, Segway n'a vendu que 140 000 engins, indique Fast Company. En témoignent ces chiffres, cités par Les Échos : 140.000 engins vendus en près de 20 ans. Son ambitieux créateur, Dean Kamen, prévoyait d'en vendre 100.000 dès la première année.
Finalement, ce sont surtout des professionnels du tourisme qui ont fait acquisition de ce produit, comme on le voit parfois dans les grands parcs ou dans les musées. De nombreuses brigades de police dans le monde utilisent également ce moyen de transport.
Les raisons d'un échec
Mais le prix de l’engin, entre 6 000 et 10 000 dollars (entre 5 300 et 8 900 euros), s’est révélé prohibitif. La compagnie chinoise Ninebot, acquéreuse de Segway en 2015, a expliqué que les ventes ne représentaient désormais plus que 1,5 % de son chiffre d’affaires.
En plus de sa “réputation ringarde”, le Segway s’est maintes fois distingué par sa maniabilité désastreuse et ses “accidents très médiatisés”, explique The Guardian. “C’était très compliqué à utiliser parce qu’il fallait trouver le juste équilibre avec un angle donné pour le faire avancer. Si le poids de l’utilisateur se déplaçait trop dans une direction, l’engin pouvait vite devenir difficile à contrôler et éjecter l’usager”, écrit le quotidien britannique.
Cet échec, Steve Jobs l'avait en quelque sorte prédit. Avant le lancement du Segway, le cofondateur d'Apple ainsi que Jeff Bezos avaient été sollicités par les concepteurs de l'engin pour avoir leurs avis. Steve Jobs avait également prévenu que les chutes risqueraient d'être une très mauvaise pub.
En près de 20 ans, l'aventure Segway reste surtout marquée par de nombreuses mésaventures. Chute filmée du président George W. Bush, chute célèbre d'un cameraman bousculé par le sprinteur Usain Bolt en 2015, comme le rappelle Reuters et, pour noircir plus encore le tableau, décès du propriétaire de la société au début des années 2010, lors d'une promenade sur son engin.
Chutes et incidents notoires
Parmi ses victimes figurent le sprinteur jamaïcain Usain Bolt, fauché par un cameraman embarqué sur le deux-roues, ou encore le président américain George W. Bush.
Certaines de ces pertes de contrôle sont restées dans les mémoires, notamment celle du président américain George W. Bush en 2003. En 2015, lors des championnats du monde d'athlétisme à Pékin, la même mésaventure était arrivée à un caméraman, qui avait dans sa chute fauché la star jamaïcaine du sprint Usain Bolt, en plein tour d'honneur après sa victoire sur le 200 mètres.
Le bad buzz a même pris un tournant tragique en 2010, lorsque le millionnaire britannique Jimi Heselden, alors âgé de 62 ans, a fait une chute mortelle du haut d’une falaise d’une dizaine de mètres. Il avait acheté l’entreprise Segway quelques mois plus tôt.
Un héritage mitigé
«Compte tenu de notre histoire de plusieurs décennies, nous reconnaissons que cette décision peut décevoir notre clientèle fidèle parmi les propriétaires privés, qui considèrent le Segway comme l'une des créations les plus innovantes du début du 21e siècle», a déclaré la présidente de Segway, Judy Cai, dans un communiqué, ajoutant que le Segway PT est rapidement «devenu un incontournable de la sécurité et du maintien de l'ordre, considéré comme un véhicule personnel efficace».
Le rachat de la société par son rival chinois Ninebot en 2015 n'a pas permis de sauver le Segway PT, vendu à seulement 140.000 exemplaires dans le monde en l'espace de deux décennies. Selon l'entreprise chinoise, qui produit également des scooters électriques et continue à développer des véhicules à équilibrage automatique dans la veine du Segway PT, les ventes du célèbre deux-roues ne représentaient désormais plus que 1,5 % de son chiffre d'affaires.
Il reste un précurseur des «engins de déplacement personnel motorisés».
“Selon les personnes interrogées, le Segway TP constitue une histoire édifiante à propos de l’engouement cyclique pour les produits de haute technologie ou, au contraire, un produit innovant qui avait juste le tort d’être trop beau pour notre monde”, affirme le site TechCrunch, qualifiant le transporteur de “produit technologique parmi les plus médiatisés de ce début de XXIe siècle”.