L'expression « Beau vélo de Ravel » est une tournure familière française, souvent utilisée pour signifier qu'une personne s'immisce dans des affaires qui ne la regardent pas ou pose des questions indiscrètes. Mais d'où vient cette expression et quel est son lien avec le célèbre compositeur Maurice Ravel ?
Origine et Signification
L'expression « Beau vélo de Ravel » est une variante de « Beau vélo de Babel », popularisée par André Minvielle, le vocalchimiste. Il débarque seul avec son petit fatras et lance - comme le faisaient les chefs de gare, dans les haut-parleurs d’antan, avec des accents qui permettaient d’identifier le nom de la station avant d’avoir soulevé le rideau du train de nuit pour voir le panneau de la gare - « Beau velo de Babel, Beau velo de Babel » qu’il ne fait pas suivre d’un « Cinq minutes d’arrêt » mais tout de même d’une suite de correspondances que constitue sa folle interprétation du Boléro de Ravel.
L'expression est souvent utilisée dans des contextes où l'on souhaite rappeler à quelqu'un de s'occuper de ses propres affaires. Elle peut également être employée de manière humoristique pour désamorcer une situation tendue.
Maurice Ravel
Le Boléro de Ravel : Contexte Musical
Le Boléro de Maurice Ravel est une musique de ballet pour orchestre en ut majeur, composée en 1928. Mouvement de danse au rythme et au tempo invariables, à la mélodie uniforme et répétitive, le Boléro de Ravel tire ses seuls éléments de variation des effets d’orchestration, d’un lent crescendo et, in extremis, d’une courte modulation en mi majeur. Cette œuvre singulière, que Ravel disait considérer comme une simple étude d’orchestration, a connu en quelques mois un succès planétaire qui en a fait son œuvre la plus célèbre et, de nos jours encore, une des pages de musique savante les plus jouées dans le monde.
La naissance de la mélodie est rapportée dans le témoignage d'un confrère et ami de Ravel, Gustave Samazeuilh, qui lui rendit visite à Saint-Jean-de-Luz à l’été 1928. Il raconta comment le compositeur, avant d’aller nager un matin, lui aurait joué un thème avec un seul doigt au piano en lui expliquant : « M Rubinstein me demande un ballet. Ne trouvez-vous pas que ce thème a de l’insistance ? Je m'en vais essayer de le redire un bon nombre de fois sans aucun développement en graduant de mon mieux mon orchestre. »
Le ballet, baptisé simplement Boléro, fut créé le 22 novembre 1928 au théâtre national de l’Opéra sous la direction de Walther Straram. La chorégraphie de Boléro était l'œuvre de Bronislava Nijinska. Sur fond de bar espagnol, Ida Rubinstein, accompagnée de 20 danseurs parmi lesquels Viltzak, Dolinoff, Lapitzky et Ungerer, exécuta une chorégraphie très sensuelle, dont l'uniformité et l'intensité suivaient celles de la musique « avec la monotonie de l'obsession ».
Réception et Influence du Boléro
Le Boléro reçut un accueil largement favorable de la presse nationale au lendemain de sa création. Ravel lui-même fut invité à diriger l'orchestre. La version de concert du Boléro fut créée par le New York Philharmonic au Carnegie Hall à New York le 14 novembre 1929, sous la direction d'Arturo Toscanini.
Libérée des contraintes scéniques, l'œuvre passa au répertoire des plus grands chefs d'orchestre de l'époque : Wilhelm Furtwängler, Serge Koussevitzky, Clemens Krauss, Willem Mengelberg, Pierre Monteux et Arturo Toscanini, notamment, l'inscrivirent tous à leur programme et le jouèrent dans le monde entier, suscitant un engouement public considérable.
Le Boléro fut gravé sur 78 tours et radiodiffusé dès 1930, ce qui contribua à le diffuser, en quelques mois, dans le monde entier. Ravel lui-même en supervisa cette année-là un enregistrement sous sa direction avec les Concerts-Lamoureux, dont il se déclara très satisfait et qui fut considéré dès l'époque comme celui fixant le mieux ses intentions.
Début de la partition du Boléro
Utilisations Similaires dans d'Autres Langues
L'idée de rappeler à quelqu'un de s'occuper de ses propres affaires se retrouve dans de nombreuses langues et cultures. Voici quelques exemples :
- Néerlandais : kijk op uw eigen talloor = kijk op uw eigen teljoor = kijk op uw eigen bord (veuillez regarder dans votre tailloir, votre assiette à vous !)
- Espagnol :
- ¿Quién te dio vela en este entierro? (qui t'a donné un cierge dans cet enterrement ?)
- ¡ No es asunto tuyo ! (ce n'est pas ton affaire !)
- ¡ Vete a freir espárragos ! (pars frire des asperges !)
- ocupate de tus asuntos! (occupe-toi de tes affaires!)
- Roumain : paid â busnesa! (ne te mêle pas de ça!)
- Hongrois : kérdeztem a macska rendszámát? (est-ce que j'ai demandé la plaque d'immatriculation du chat ?)
- Italien :
- di che t’impicci, tu? (de quoi tu te mêles ?)
- fatti gli affari tuoi! (mêle-toi de tes affaires !)
- ti ho per caso domandato qualcosa? (je t'ai demandé quelque chose?)
- Néerlandais :
- ben je soms van de politie? (t'es pas des fois de la police non ?)
- heb ik jou iets gevraagd? (je t'ai demandé quelque chose?)
- Portugais : não meta o nariz onde não foi chamado ! (ne mets pas ton nez là où tu n'as pas été appelé !)
Ces expressions montrent que le besoin de rappeler à autrui de respecter les limites est universel.
Le Contexte de "Respire Jazz"
L'expression a été utilisée dans le contexte du festival "Respire Jazz". Respire Jazz s’est terminé sur un grand final vocal avec deux grands chanteurs, Meta et André Minvielle. Charme néanmoins du duo de la chanteuse Stéphanie Savary et du contrebassiste Christophe Lacoste, justement appelé A voix basse, qui passe du répertoire de Melody Gardot à celui de Musica Nuda en passant par les Beatles, au pied de quatre grands érables centenaires grandis sur une source réputée intarissables, la fontaine Saint-Gilles, du nom du Saint qui nous ramènera à l’Abbaye dominant trois jours durant les festivités de Respire Jazz et où j’ai l’insigne honneur, depuis que j’y suis invité, d’occuper la chambre de la Mère supérieure.
La promenade s’achèvera avec un récital Astor Piazzolla par la flûtiste Gael Haudebourg et le joueur de marimba Olivier Rivière face au parvis avec pour fond de scène le paysage que nous venons de parcourir. Nous venions d’en avoir un aperçu grandiose après avoir gravi la spectaculaire vis de pierres vers le sommet de l’abbaye, où il nous fallut enjamber un nid et sa portée de quatre œufs tout blancs, peut-être ceux de ce couple de faucon crécerelles dont les allers et venues avait distrait mon attention l’an dernier pendant le concert d’Enrico Pieranunzi.
Annie-Claire Alvoët était là, avec ses feuilles, ses encres et ses pinceaux. Du trio W-Knobs - David Fettmann (sax alto), Sébastien Maire (basse électrique), Julien Jolly (batterie) - j’ai assisté à un tout petit peu plus, pressé par Philippe Vincent, Monsieur Loyal de festival, de lâcher mon ordinateur pour ce saxophoniste dont il avait chroniqué de façon très positive le disque “Prelude” dans nos pages en 2010.
Il y a des chanteurs.ses de jazz qui chantent des chansons, plus ou moins bien, en laissant le soin à leurs accompagnateurs de les agrémenter de quelques variations de leur crû. Il y des chanteurs.ses qui font de même en y ajoutant, plus ou moins bien, une part de scat. Et puis, il y des musiciens.nes qui chantent, des texte de leur crû (ou non) sur des mélodies qui sont plus que de simples refrains, mais des formes longues, relevant d’un authentique travail de compositeur, voire d’improvisateur. C’est le cas de Meta et de son groupe qui, partant des maquettes développées par le chanteur-leader (et percussionniste), développent un univers, ici nourri d’une vaste culture dont les différents ingrédients se mêlent trop intimement pour que l’on puisse les isoler.
Parce que Meta chante un titre en arabe (parmi un répertoire anglophone), il serait tentant de le ramener à ses origines algériennes, mais il serait plus judicieux tirer un grand arc allant, aux extrêmes, de Michael Franks aux frères Dagar (qu’il m’évoque le temps d’un mini-alap, le prélude du raga), en passant par les polyrythmies subsahariennes et les effets technos d’une étrange boîte faisant tout à la fois office d’harmonizer, d’auto-tuning, de phasing et de ring modulator.
On le retrouvera tout à l’heure, s’invitant à la jam session d’un Song for My Father d’Horace Silver lancé par Stéphane Guillaume à un festival Scofield, l’un des exercices auquel aime s’adonner Pierre Perchaud à l’heure du bœuf, sur une rythmique funky en diable animée par le batteur Maxime Legrand (Lyonnais transplanté dans le Sud-Ouest entendu notamment au sein des groupes Drôles d’Oiseaux et Mox du pianiste Didier Frébœuf), le bassiste Sébastien Maire du groupe W-Knobs et Pierre de Bethmann.
D’un standard du répertoire funky auquel je n’ai pas su mettre un titre, André Minvielle, soudain surgi, fait une ritournelle qu’il déroule en l’une de ces longues tirades occitanes qui nous tiennent en haleine même lorsque l’on n’y comprend que couic, et le tout sans un couac.
Alors que Karl Jannuska se fait remettre les baguettes (et Simon Tailleu la basse ? Si ce n’est pas là, ce sera sans tarder), est-ce cet esprit de ritournelle qui incite de Bethmann à relancer la machine sur l’air de Dodo l’enfant Do (version Miles Davis, entendez par là Jean-Pierre) ? Minvielle reste sur scène, mais se glissant à côté du batteur pour mêler à ses battements la scansion d’un tambour d’aisselle…
Carte de l'EuroVelo 19
La Meuse à Vélo - EuroVelo 19
« La Meuse à Vélo - EuroVelo 19 » est un itinéraire cyclable incontournable du Grand Est, qui borde la Meuse sur 443km de Langres à Givet. L’ART GE et ses partenaires territoriaux ont décidé de former un comité d'itinéraire pour animer cette route cyclotouristique internationale. Ce comité partenarial est en charge de la définition et de la mise en œuvre opérationnelle de la stratégie de développement et de communication de l’itinéraire. Il intervient également auprès des partenaires belges et néerlandais concernés par l’EuroVelo 19 qui suit le fleuve à travers les 3 pays, de Langres à Rotterdam.
En conclusion, l'expression « Beau vélo de Ravel », riche en histoire et en culture, continue d'être utilisée pour rappeler avec humour et fermeté à chacun de s'occuper de ses propres affaires.