Pèlerinage à La Mecque à Vélo: Témoignages et Défis

Chaque année, des millions de pèlerins musulmans rejoignent La Mecque pour le Hadj, le grand pèlerinage et cinquième pilier de l’Islam. Alors que la plupart font le voyage en avion, certains individus choisissent des moyens de transport alternatifs pour accomplir ce devoir religieux. Cet article explore les témoignages de ceux qui ont osé entreprendre ce voyage spirituel à vélo, mettant en lumière les défis et les motivations derrière ce choix audacieux.

Pèlerins se rendant à La Mecque.

Le Défi Écologique et Spirituel de Nabil Ennasri

Alors que la plupart font le voyage en avion, Nabil Ennasri a réalisé le défi fou de rejoindre la terre sainte de l’Islam à vélo depuis Paris. Le 22 avril, cet habitant d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) de 41 ans enfourchait son vélo sur le parvis de la gare Montparnasse, encouragé par une centaine de proches. Dimanche 25 juin 2023, après plus de 5 000 km parcourus, Nabil Ennasri a finalement pu atteindre la mosquée al-Harâm. Il fait partie des centaines de milliers de musulmans à s’y rendre cette année pour accomplir le hajj, l’un des cinq piliers de l’islam. « Pile-poil pour le début des cérémonies », s’est-il réjoui sur ses réseaux sociaux.

Deux mois plus tard, dimanche 25 juin 2023, il annonçait à ses centaines de followers glanés au fil de son aventure être enfin arrivé à La Mecque. Un voyage long de plus de 5 000 km motivé par l’envie de retrouver l’essence du pèlerinage. « J’avais envie de renouer avec une tradition du pèlerinage qui est un chemin long et plein d’abnégation », livre-t-il. Mais le but de son voyage est surtout de sensibiliser la communauté musulmane aux enjeux climatiques. En 2011, l’homme s’était exprimé dans le cadre d’une tribune intitulée « Les musulmans à l’épreuve du réchauffement climatique », sur le site de Reporterre.

« La problématique du réchauffement climatique me travaille depuis longtemps », confie le chercheur en géopolitique et spécialiste du Qatar. Le quadragénaire est un fervent défenseur de l’environnement. Dès 2011, il avait publié une tribune sur le site de Reporterre, intitulée « Les musulmans à l’épreuve du réchauffement climatique » dans laquelle il appelait les fidèles à respecter la nature. Il avait invité les musulmans à davantage prêter attention à la nature : « La création est en effet, pour le musulman, un don divin. La respecter est une exigence et permet au croyant de renouer avec la tradition prophétique d’un mode de vie écologiquement sain et responsable », écrivait-il notamment.

Au-delà du défi sportif, c’est un message spirituel et écologique qu’a voulu transmettre le quadragénaire. Très engagé sur ces questions, il a voulu saisir l’occasion du pèlerinage, lors duquel de nombreux fidèles gagnent La Mecque en avion, pour sensibiliser sa communauté.

Carte du voyage de Nabil Ennasri de Paris à La Mecque.

Un Appel à la Conscience Écologique

En 2011, Nabil Ennasri affichait déjà son engagement écologique. Il signait une tribune, Les musulmans face au défi climatique, dans laquelle il déplorait que « l’impératif écologique semble loin des préoccupations immédiates des musulmans dans le monde ». « C’est le défi du siècle, le défi d’une génération », alertait-il. Douze ans plus tard, celui qui est réputé pour son expertise sur le Qatar dresse le même constat. « Il y a un manque d’implication de la communauté musulmane au niveau mondial sur la question du réchauffement du climat, et des thématiques liées à la crise écologique, à la perte de biodiversité, à cet avenir incertain qui se profile devant nous », explique-t-il.

Pourtant, il lie aisément foi religieuse et écologie. « Pour nous, en tant que musulman, la majesté de la création autour des mers, des montagnes, des océans, autour de la vie végétale et animale est une expression de la présence divine. Mais cette présence-là, on est en train de la pervertir, de la dégrader », dit-il inquiet.

Aujourd’hui, l’écrivain engagé dans la défense de l’environnement pourrait être qualifié d’influenceur planète. Le hashtag #HadjByCycle est créé pour l’occasion. « J’ai senti, au gré du voyage, beaucoup d’attention, beaucoup de considération, beaucoup de réconfort, et ça, ça m’a permis de booster mon énergie. »

Le défi environnemental du hajj en Arabie Saoudite

Les Défis et les Récompenses du Voyage

Mais traverser 13 pays à vélo ne se fait pas sans embûche. De « très visible et mise en valeur dans les pays d’Europe de l’Ouest », la petite reine s’est retrouvée peu à peu en territoire hostile.

En Roumanie, il manque de « frôler la mort » lorsque les trois risques principaux de son voyage ont fourni un cocktail explosif : des chiens errants, du vent et un trafic très dense. « Un chien a commencé à m’attaquer, j’ai été pris dans une bourrasque et j’ai failli passer à côté d’un poids lourd qui a manqué de peu de m’arracher le bras. Ça fait partie des surprises un peu désagréables », partage-t-il. Ce jour-là, il trouve refuge dans le van, qui l’a suivi jusqu’en Turquie. « C’était un véhicule de sécurité », présente-t-il. Les mauvaises conditions climatiques ont aussi parfois entaché son enthousiasme. « En partant au printemps, on pensait qu’il ferait beau. Mais l’essentiel du temps, c’était des intempéries, même en Turquie. J’ai dû essuyer des tempêtes de grêle. » Après, l’arrivée dans le désert a été synonyme de tempêtes de sable. « Ça, ça fait partie des moments désagréables, mais qui, en même temps, vous permettent de mieux vous connaître », confie-t-il. En premier lieu, il évoque l’hospitalité, notamment celle rencontrée en Arabie et en Jordanie, et les témoignages de sympathie.

Les défis climatiques et géographiques rendent le voyage ardu.

« À titre personnel, ce voyage m’a transcendé et transformé. Cela m’a conféré un sentiment de satisfaction et de plénitude », a-t-il raconté à sa communauté. « La saveur d’une prière après deux mois de vélo n’a absolument rien à voir avec celle que l’on expérimente après sept heures d’avion. »

Le Hajj: Un Business?

Depuis le Covid, les autorités ont décidé d’instaurer une plateforme digitalisée, Nusuk, pour réserver son pèlerinage. “Ça coûte très cher. Pour une personne, c'est de l'ordre de 10 000 euros, le voyage, tout compris, dénonce Nabil Ennasri. L'inflation autour des prix du hajj ne fait que s’accentuer chaque année, et ça va devenir prohibitif pour énormément de musulmans." Là, ce voyage pour lequel il a mis de côté chaque mois pendant trois ans, lui est revient 5 000 euros, pour lui et ses deux acolytes.

Voyager à Vélo en Arabie Saoudite: Une Expérience Unique

Il est possible de réaliser le hajj à vélo, mais cela n’est pas recommandé en raison de la distance importante qui doit être parcourue et des conditions climatiques difficiles qui peuvent être rencontrées en Arabie Saoudite. Le hajj comprend plusieurs rituels qui doivent être accomplis à pied, notamment la marche autour de la Kaaba, le pèlerinage à la montagne de Arafat et la marche entre les collines de Safa et Marwa.

Ces rituels sont considérés comme des actes de dévotion et de soumission à Dieu, et ils font partie intégrante du hajj. Il est recommandé de se rendre à La Mecque en avion et de prendre des moyens de transport tels que des bus ou des voitures pour se déplacer entre les différents sites du hajj.

J'ai pris l'habitude depuis quelques années de voyager en vélo tout ou partie de l'hiver. Pour 2023, je ne savais pas trop où partir et c'est finalement un peu au dernier moment que j'ai choisi l'Arabie Saoudite, pour traverser le pays du nord au sud par les Monts Sarawat qui se trouvent le long de la Mer Rouge. J'ai ainsi parcouru 2700 km entre Amman en Jordanie et Abha près de la frontière du Yémen, ce qui m'a occupé un mois. L'Arabie n'a ouvert au tourisme qu'en 2019 et je n'ai pas trouvé grand chose sur des voyages en vélo dans ce coin du globe.

Comment résumer cette expérience en quelques lignes ? J'ai rencontré un pays idéal pour l'itinérance en vélo : de beaux paysages, des oueds magnifiques qui serpentent à l'infiini entre les montagnes, des gens particulièrement accueillants (je ne compte plus les invitations à manger ou dormir, les fois où on a payé mes courses, où on m'a donné de l'argent, où on m'a donné de l'argent, où on m'arrêtait pour me filmer, me prendre en photo, m'offrir de l'eau ou à manger), une logistique facile avec la possibilité de bivouaquer n'importe où sous un acacia à l'écart de la route, des épiceries régulièrement et même des citernes d'eau filtrées très fréquentes tout au long du chemin, ainsi que des températures idéales en janvier.

Malgré tous ces avantages, j'ai pu constaté (mais ce n'est que mon expérience) que le pays ne me semble pas prêt à accueillir des voyageurs souhaitant aller et venir librement par leurs propres moyens. Tout est prêt pour un tourisme de masse, de luxe de préférence, bien organisé et surtout bien canalisé. Il faut croire qu'avec mon vélo et ma façon d'aller à ma guise, au contact des populations, j'ai sérieusement inquiété les autorités puisque j'ai presque tout le temps été suivi par des voitures banalisées plus ou moins discrètes.

Un certain nombre de fois j'ai été invité sur l'air des lampions par des gens qui se disaient ingénieurs, professeurs, instituteurs, fort sympathiques au demeurant, mais qui en fait étaient des policiers en civil. En observant, je me suis rendu compte que tout le monde surveille tout le monde dans ce pays, tranquillement et avec le sourire. Sur la fin, entre La Mecque et Abha, ce qui m'était présenté comme de la protection est devenu un véritable harcèlement : j'étais suivi 24h/24h par des civils en voitures banalisées qui se relayaient, sous les ordres de la police officielle, essayant de se faire discrets tout en me collant toute la journée et me mettant régulièrement en danger par rapport au trafic routier ainsi qu’en état de stress au-travers d’actions sournoises (comme me proposer de la drogue, quelque chose qui n'arrive jamais dans ce pays au vu des peines encourues).

Malgré cela, je garde un excellent souvenir de cette traversée car toutes les expériences sont bonnes à vivre, y compris celle de voyager dans ce qui reste, malgré tous les efforts déployés pour en améliorer l'image à l'international, une dictature coranique dure, s'appliquant méthodiquement à maintenir les gens dans l'ignorance, l'endoctrinement religieux et l'absence d'esprit critique... en tout cas dans les campagnes profondes que j'ai traversé. Un avis qui n’engage que moi.

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