Le Moto Club Fleur de Lys, basé à Mehun-sur-Yèvre (18), est bien plus qu'une simple association de motards. C'est une communauté de passionnés, animée par l'esprit de l'aventure et le désir de repousser les limites. Parmi ses membres, Morgan Govignon incarne parfaitement cette philosophie, avec un parcours riche en défis et en émotions.

La genèse d'une passion
Pour Morgan Govignon, la passion pour la moto est une affaire de famille. Il a grandi entouré de parents passionnés de moto, qui partageaient leur enthousiasme en faisant du side-car. Enfant, il embarquait avec son petit frère dans cet engin pour voyager et assister à des courses comme les 24 Heures du Mans. À la fin de ses études, il a dû travailler en usine pour pouvoir financer sa participation à cet énorme rallye routier, et avec une dizaine de copains de son école, ils sont partis pour neuf jours de compétition et une traversée complète de la France. C'était dingue de monter un tel projet sans expérience et en partant de zéro, il fallait y croire… Mais ça a été l’élément déclencheur.
L'attrait du Tourist Trophy
Le rêve de Morgan était de participer au Tourist Trophy, une course sur route sans équivalent en France. La pratique qui s’en rapproche le plus est le Rallye Routier, une discipline assez peu connue, semblable aux rallyes automobiles, mais sur deux-roues et sur goudron uniquement. En 2012, il a terminé 2e de sa catégorie au championnat de France des Rallyes Routiers avec une Kawasaki 650, une moto assez modeste. Il a roulé en rallye jusqu’en 2013 et ça a été une très bonne école : ça lui a montré que beaucoup de choses étaient réalisables et lui a permis d’appréhender le « décor » routier. En complétant avec des roulages sur circuit pour la partie vitesse, il a fini par aller s’étalonner sur une course sur route accessible, à Chimay, en Belgique.
Son but, qui était essentiellement de participer au Tourist Trophy, a commencé à prendre forme en 2014 en s’alignant au Manx Grand Prix, couru sur le même tracé de 60 kilomètres et ses 264 virages, mais réservé aux amateurs ou aspirants au Tourist Trophy… Où il a fini par rouler en 2016, tout petit parmi les grands ! Après sa dernière participation en 2019, il a ressenti le besoin de passer à autre chose et de réunir tout ce qui comptait pour lui : la course, la famille, les voyages… pour en profiter pleinement simultanément.
Le Manx GP : Une Étape Cruciale
Avant de pouvoir s’inscrire au Tourist Trophy, la célèbre course sur l’Ile de Man en Grande-Bretagne, il faut participer au Manx GP. Pour faire simple, il s’agit de l’antichambre du TT, qui se déroulait du 22 août au 4 septembre 2015. On compte tous les ans des Français qui viennent y tâter du bitume gallois. Certains repartent effrayés et dégoutés du circuit. D’autres, comme Morgan Govignon, y prennent goût.
C’est la deuxième participation de Morgan au Manx GP. La première année, il avait finit 27e de la catégorie Newcomers, réservée aux premières inscriptions comme son nom l’indique. Le représentant du moto-club Fleur de lys participait à cette manifestation en Junior cette année. Mais comme le précise si bien l’auteur, le chrono, la vitesse ou même la place, tout ça c’est des broutilles car la vraie performance, c’est de passer la ligne d’arrivée.
Le Manx GP, c’est tout aussi dangereux dangereux que le TT et il faut pas rouler au-dessus de ses pompes. Morgan l’exprime parfois avec un ton familier mais au fond, c’est ce qui fait tout le charme de cette histoire.
Hommage à Fabrice Miguet : La Nouvelle-Zélande en Voxan
Morgan Govignon, pilote du Tourist Trophy et ami de Fabrice Miguet disparu en 2018, est allé rouler en Nouvelle Zélande pour accomplir le rêve de son ami. Faire courir une Voxan la tête en bas !
Il a connu le Mig dans Moto Journal avec un article sur le français qui roulait au Tourist Trophy avec une Voxan, une moto française ! Lui qui voulait bosser dans la moto et rêvait de Tourist Trophy, il était forcément intéressé. Et le portrait était exceptionnel, le titre c’était « pilote bringueur » ! Il est allé à l’école à Nevers, et le week-end de la rentrée, il y avait le Bol d’Or. Il a épluché la liste des engagés et il était là ! C’était en 2003. Il a grugé le vigile à l’entrée du paddock. Il a trouvé le camion de l’équipe du Mig, ils étaient à l’apéro donc il a attendu. Il a attendu très longtemps (rires) ! Il est allé le voir car il avait un projet étudiant à monter, et il voulait l’aider à préparer une moto pour l’Île de Man... Il a éclaté de rire et ils ont commencé à échanger à partir de là.
Malheureusement le projet qu’il avait en tête a été refusé par l’école. A travers l’engagement qu’il avait comme mécano chez Tecmas en Championnat de France SBK, ils se voyaient régulièrement. Plus qu’un ami, c’était son papa de la course sur route. Ce qui l’avait plu dans le premier article qu’il avait lu sur lui, et c’était vrai, c’est que ce mec n’avait au départ pas grand-chose, voire que dalle, et qu’il a réussi à atteindre ses rêves. C’était la première fois qu’il voyait un mec, pas fils de pilote, pas fils de concessionnaire, venant d’un milieu modeste, réussir en se donnant les moyens.
Avec Mig ils s’appelaient régulièrement. Un des projets du Mig c’était de faire rouler une Voxan sur les 5 continents. Il a fait Pikes Peak sur une Voxan, le Tourist Trophy plusieurs fois en Voxan, et il voulait faire l’Océanie avec cette course dans la ville de Wanganui en Nouvelle-Zélande. Malheureusement il nous a quittés lors de l’Ulster Grand Prix en août 2018. Il était prêt à partir pour le Manx Grand Prix qui commençait 2 jours après. Au retour sur le bateau, il avait besoin d’un projet auquel s’accrocher, le genre de projet qui te fait avancer. Accomplir son rêve en allant faire rouler la Voxan en Nouvelle-Zélande lui est vite apparu.
Il était dans le même esprit, avec aucun contact en Nouvelle-Zélande et pas plus avec le monde des Voxan ! Il voulait montrer que c’était possible, même si ce n’est jamais simple. C’est ce que lui a transmis Mig, il avait envie de partager ça même si lui n’était pas très communication (à part à l’apéro !). Pour lui c’était normal d’être à l’arrache tout le temps. Le hasard a fait le reste, un mec génial (Emmanuel Arnould) lui a prêté une Voxan prototype qui n’avait pas roulé depuis 10 ans, et qu’il a entièrement remonté avec l’aide du Voxan Club de France. Un prototype sur base de café-racer, il n’aurait jamais pensé piloter une telle moto. Il a trouvé un contact en lançant une bouteille à la mer sur un forum de motards néo-zélandais.
Il partait pour faire la course de Wanganui puis il a rencontré un gars qui s’occupait d’une grosse équipe néo-zélandaise au Tourist Trophy. Il l’a invité pour les 3 en lui proposant de déplacer eux-mêmes le container de la moto entre les courses ! Le 1er Décembre 2019, les voilà partis avec sa femme et ses enfants. Ils ont loué un van sur place pour dormir dedans. Emmanuel Arnould, propriétaire de la moto et spécialiste Voxan les a rejoint. Ils se sont pris le moteur dans les dents lors de la seconde course… Ils ont pu compter sur la solidarité des néo-zélandais mais pas de pièce de Voxan là-bas ! Il devait arriver quelques jours après. Ils ont appelé les copains en France pour réunir les pièces, ses parents sont allés en Auvergne les chercher en side-car. Son ami Hervé a vidé ses valises de ses fringues pour y mettre 11 kg de pièces de Voxan !
« Voyage en Polynésie (1847-1850). Le bestiaire oublié du Capitaine Noury » (présentation)
L'aventure camerounaise : Au-delà de la compétition
Morgan Govignon n’est pas seulement un passionné de moto : c’est un aventurier qui repousse les limites pour vivre sa passion et ses rêves jusque sur les routes du Cameroun. Lauréat du festival du court-métrage du Salon de Lyon 2024 et Président du Moto Club Fleur de Lys à Mehun-sur-Yèvre (18), il nous raconte son incroyable voyage fait de rencontres, d’échanges culturels et de dépassement de soi. Un récit où, passion de la moto et compétition unit les hommes et fait tomber les frontières.

Le Grand Prix Moto du Cameroun : Une Expérience Unique
Morgan a voyagé deux fois au Cameroun : en 2022 et en 2024, pour réaliser un rêve de longue date qui était de découvrir ce pays et participer à une course de motos. Malheureusement, en 2024, le Grand Prix Moto du Cameroun a été annulé. On a donc présenté un film sur la première participation à ce Grand Prix et la passion vibrante de la course au Cameroun. Ce film se déroule dans un univers complètement différent du nôtre en France, qui peut être parfois choquant, mais génial en même temps. Là-bas, c’est une nouveauté : ils sont au début des motos sportives et des grosses cylindrées.
Il y a un homme, Narcisse Kounhoua, qui s’efforce de structurer cette pratique en mettant un accent inattendu sur la sécurité des pilotes. Le fait d’assister à la naissance de la course chez eux est une chance incroyable : elle offre la possibilité d’apporter notre expérience et de limiter les erreurs que nous avons pu faire lors du développement du sport moto en France. Par exemple, le circuit Carole, en région parisienne, a été baptisé ainsi en hommage à la dernière des 18 victimes des courses sauvages qui se tenaient du côté de Rungis (94), dans les années 70. Il a fallu du temps pour que les pouvoirs publics décident, au lieu de répression, de construire un espace sécurisé pour ce sport. Et le rêve de Narcisse n’est pas de faire une course folle en ville, mais d’avoir un vrai circuit.
Préparation et anecdotes de course
Au Cameroun, tout se fait la dernière minute ! Morgan a contacté Narcisse et, en janvier 2022, il a été invité à la course prévue le 12 février, dans la ville de Douala, capitale avec ses cinq millions d’habitants. Du jour au lendemain, il a entamé ses démarches administratives et médicales. Narcisse avait prévu de lui prêter une de ses motos, qui était pourtant à réparer, mais devant les mésaventures, ils ont dû en trouver une autre sur place, une Triumph 675 Daytona. Il est donc parti, avec des pièces dans son sac à dos, sans préparation physique et poussé par son rêve d’enfant.
Plusieurs aléas ont émaillé la course. Premièrement, les essais n’ont pas pu avoir lieu à cause des embouteillages. Ils sont donc partis directement en mode course depuis le quartier de Bonamoussadi et il a tout de suite vu que la moto avait un problème d’embrayage. Ensuite, à la moitié du premier tour de la course, on s’est retrouvé à contresens de la circulation, ce qui a été compliqué à gérer. Il était en 3e position et le pilote qui était en tête a malheureusement percuté une moto taxi.
Il s'est ensuite retrouvé au coude-à-coude avec ce pilote, Jackson, jusqu’au moment où il a chuté, en n’ayant plus de boîte de vitesses et en perçant le carter d’huile de la moto. Il s'est relevé pour terminer la course, avec la fierté de franchir la ligne d’arrivée et pouvoir ensuite raconter cette course.

La passion transcende les frontières
Les passionnés de moto de ce pays ont un réel mérite. Narcisse travaille dur pour redorer l’image du motard. Pour lui, une moto doit être accompagnée d’un équipement de sécurité complet : casque et combinaison de cuir. Là-bas, la moto est omniprésente, mais posséder une grosse cylindrée est un privilège. Malgré les défis, ces passionnés s’investissent pleinement, même en sachant que le sport de haut niveau leur restera malheureusement difficilement accessible.
La moto ouvre des portes : celles de foyers, d’un pays, et de personnes qu'il n'aurait jamais pu rencontrer autrement. Nous partageons une passion qui transcende les différences culturelles et sociales.
Mémère : Une BMW R100 RS de 1979
Outre ses aventures personnelles, Morgan Govignon et le Moto Club Fleur de Lys sont également impliqués dans la restauration et la compétition de motos classiques. L'histoire de "Mémère", une BMW R100 RS de 1979, en est un exemple poignant.
Mémère, c’était une vieille esseulée, dans sa grange. Nue, sans amour, sans espoir. Une allemande d’âge trop mûr, si belle autrefois, laissée dans un coin, attendant, l’essence au cornet, la fin. C’était en 2006. Sa dernière nuit, avant sa première. Elle avait parlé pour la toute première fois la semaine d’avant, après des mois d’efforts. Nous étions jeudi soir, la porte du box s’était fermée sur deux rêveurs de vingt ans, Pit et Momo, ainsi que Mémère, qui en affichait 37. Autour, le spectacle n’était que désolation : Un pack de bière, du pain, un saucisson, du chocolat, deux duvets et des pièces, dont sa toute nouvelle robe, arrivant fraichement de peinture d’un lycée professionnel tout proche.
Elle n’avait jamais été assemblée, elle ne s’était jamais vu dans un miroir. Et le lendemain, à 9 heures précises, commençait les séances d’essais du Bol d’Or Classic. Elle se sentait Cendrillon… Elle avait cru rencontrer des princes, mais là, elle ne voyait pas comment aller à la parade du lendemain. Au départ, il y avait Gégène, le voisin de chambre étudiante de Momo. Juste les noms, t’as idée de la maturité des types. Un soir pas comme les autres, Gégène a tapé à la porte juste à coté, avec une envie furieuse de monter un projet pour les étudiants motards de leur école d’ingénieur, l’ISAT de Nevers. Quelques minutes plus tard naissait du houblon et de la nuit « Isatmot », un team fait par et pour les élèves, avec pour projet de participer au Bol Classic, couru sur le circuit de Magny-Cours juste à coté.
Qu’ils sont fougueux, ceux qui ne sont riches que d’idées… Pas de moto, pas de sous, juste de l’envie. Et puis Gégène a du quitter l’école, faute de résultats, prenant soin de présenter Prépus à Momo, un dingue de bécane. Hasard, coup de chance, la paire se pointe chez AVM 58, un moto club renaissant, qui décide de leur faire confiance avec un don de 1000€, pile de quoi venir la chercher. Elle squattait alors dans le Cher chez JC, grand cœur et bonne âme, depuis que son Parisien l’avait mis à la porte du garage. Tout le reste, ils se sont démerdés pour l’avoir. Un train de pneu ramené autour du ventre à dos d’ER5, une araignée faite dans les pieds d’une chaise piquée dans une salle de classe, quelques pièces achetées au concess de la ville voisine avec un morceau de subvention tombé du camion… Elle était un assemblage de débrouille, de bidouille.
Cette première nuit dans le box a duré longtemps, et quand Alban et Rodolphe sont venus la mettre sur la ligne de départ, elle n’en menait pas large… Elle s'est dit, « C’est pas ta place, t’es trop vieille, trop fripée, Mémère… ». Elle avait beau savoir que les Godier Genoud et les Guzzi Moto Bel avaient le même âge qu'elle, elles avaient ce truc en plus… Elle ne sait pas, du maquillage, des liftings, des partie-cycles plus fraiches, ou 80 chevaux de mieux… Et pourtant… Personne ne l’avait jamais regardée comme ces gamins. Elle était leur Reine. Elle a laissé tomber ses complexes pour lécher de ses cylindres, si lourds, les vibreurs de Magny-Cours. Et elle a repris goût à la vie.
Elle n’était pas la plus belle, pas la plus vite, mais elle était leur passion, la Venus de leurs nuits, une déesse surannée et immortelle. Et elle s'est battue, admirablement emmenée par la paire Lascoux-Zablot qui ne l’avait pourtant jamais vue avant ce week-end. Elle a pleuré. Elle a burné, ultime outrage pour ses congénères, mais quand tu sors avec des plus jeunes, tu dois t’adapter... Puis elle est retournée dans leur école, et ils l’ont mis là, au milieu du grand hall, sans demander d’autorisation, juste parce qu’ils étaient fiers d'elle. Pour la première fois depuis longtemps, ils la regardaient, ils l’aimaient.
A partir de 2007, les gamins ont commencé à la rendre de plus en plus performante, toujours à la débrouille et aux relations. Le Gros a négocié sa place sur sa selle en échange d’un moteur de R100RS, avec carbus de 40 et tout le toutime. Toinou et Pit avaient procédé à la greffe, mais après 200 bornes de rodage, elle a été pris d’un mal de soupape. Culasse HS, à 3 jours de la course, elle avait si honte… Mais les mômes ne se sont pas dégonflés, et le jeudi soir, veille des essais, arrivaient de Saint Ouen et du bouclard Econoflat la fameuse paire de culasse 40/40, si rare. L’étudiant qui avait fait le trajet en bécane chez nos sauveurs banlieusards l’a retrouvé après quelques heures de sommeil passées dans un coffre de bagnole. Et ils sont repartis tous les deux vers 3 heures du mat, une fausse plaque d’immatriculation écrite au blanco sur le cul, pour faire les 300 derniers bornes de rodage dans la campagne locale.
Cette année là, elle s'est même offert un Moto Tour, elle qui n’avait plus voyagé depuis si longtemps. De Reims à Toulon, Vattier hurlant dans les spéciales, elle a humé de ses KN les embruns normands, les bois du Forez, la pinède du Mont Faron. Venise ne l’aurait pas fait plus chavirer. Autour, ces dix sourires de sales gosses, séchant officiellement les cours pour la suivre sur tout le parcours. Une école de la vie, de la solidarité, accourant à son chevet en Renault 4L lors de crevaison, jouant de la clé plate pour resserrer ses boulons. Elle a fini loin, mais personne ne lui en a voulu. Plus que la conquête, elle les a senti découvrir, frémir, et puis finalement aimer, dans l’exaltation et la fragilité démoniaque des premiers instants où le contact s’établi, où rien ne compte plus que l’autre.
A partir de 2008, les choses ont vraiment changé, sous les coups de génie de Prép et Récu. Elle avait une âme, mais ils la voulaient aussi à la hauteur de leurs fantasmes. Le moteur a d’abord commencé par remonter dans le cadre, pour gagner en garde au sol. Le châssis a été rigidifié en utilisant la boite et de malines biellettes, et elle a eu droit à un lifting complet des fesses. En cherchant à lui les raffermir encore plus, les gamins se sont dit qu’un amorto en Cantilever, ramenant les forces dans sa poutre centrale, permettrait de gagner sur tous les points : Poids, rigidité, accessibilité mécanique. Basé sur une épure de 900 SS injection, elle a reçu un nouveau bras oscillant, un amorto EMC, des pattes de fixation et une boucle arrière minimaliste. Cette fois, elle allait être dans le coup. Avec ses beaux Dell’orto enfin réglés, des pièces en matériaux un peu plus noble que des morceaux de chaise, des commandes reculées, elle allait s’ouvrir les portes du succès, et certainement claquer le beignet à quelques pétasses liposucées.
Mais son nouveau cœur, chargé d’un vilo allégé, d’un kit Big Bore et de bielles sur mesure lui a pourtant fait défaut. Des années de développement, de nuits rachitiques, et des dizaines de mains posées sur son corps consentant, avant cette victoire, en 2012 dans sa catégorie. Manu et François dessus, et elle, ronronnante, dessous. Pierre, Prép’, Guichou, Bizutmob, Mamat et toute la clique en bas du trône, avec une timbale dorée pour couronne. En 2013, les ambitions étaient du coup très grandes. Mais l’équipe toute nouvelle, des soucis électriques et l’impossibilité pour Manu de prendre part à la course ont bien failli sonner le glas. Pas qualifiée aux essais, les trois tours minimum dans une des qualifs s’étant arrêtés en même temps que le moteur.
Poussé par l’envie d’un évadé qui retrouve son foyer, portée par de jeunes amoureux qui ont le sang pour seul encre et une page blanche pour poème à leur belle, elle est une fois de plus allée au bal, enivrée. Sous le déluge, la robe trempée pour mieux sentir le corps de l’autre, passant des bras de son Papillon de dernière minute à ceux de François, plus expérimenté, tournant en rond à en perdre la tête devant un public absent... Et elle a entendu que le Bol allait partir quelque part dans le sud, sur un circuit trop rapide pour elle. Alors on s’était dit que pour la dernière chez nous, en 2014, on sortirait le grand jeu...Mais elle n’a pu aller plus loin que le tour de chauffe de la 2ème manche. De l’huile partout. Incontinente. La jeunesse qui te rattrape.
Elle a regardé les mines tristes de l’équipe, elle avait envie de pleurer avec eux, mais rien ne sortait à part de l’huile. Cet adieu raté… Mais elle s'est mise à avancer, sans bruit. Poussée à tour de rôle par William, Julien et tous les autres, elle a fait son dernier tour de Magny-Cours par les voies de sécurité. Un adieu prenant, laissant les copines s’amuser du bon coté du muret. Le Bol d’Or est parti, et elle est retournée à sa place, au fond du garage. Mais à l’école, seuls les profs redoublent éternellement, et les jeunes affluent de tous bords. Une nouvelle génération chaque année, vivier séduisant pour cœur de Mémère délaissé. Des puceaux de la course sur route, qui ont trouvé intelligent de lui faire franchir la Manche pour rejoindre Oliver’s Mount, un tracé routier déjanté, avec des arbres, des bosses, et des jonquilles.
Après une année de découverte en 2016, ils l'y ont ramené l’année d’après. Mais c’est cette fois le timing, et une heure trop tardive pour l’épreuve Classic du dimanche qui a failli avoir raison d'elle. C’était la course ou le bateau pour rentrer à la maison, au choix. Elle s'est trouvée grosse et vieille face aux GSXR, ZX10R, et CBR. Mais qu’importe… Elle avait son cœur, sa voix rauque et suave pour faire transpirer la moustache des spectateurs, et elle a tout donné. Elle a senti l’herbe caresser ses caches culbus, la terre encore humide, et les effluves d’une mer toute proche fouetter son carénage. La Siprotec commençait sérieusement à mouiller ses carters, à en déborder même... Elle savait ses entrailles fatiguées, mais c’était si bon ! Ce voyage, ces frontières, ces sauts légers et ces roues arrière endiablées… Elle a fini dernière mais heureuse, sous les acclamations d’un public surpris de la voir si virevoltante au milieu des petites jeunes.
Mais une fois encore, c’était sans compter sur ces petits jeunes… BenJ et Kentinou ont su la ranimer, lui redonner vie : coussinets, pistons, culasse, la totale, une vraie cure de jouvence en vue de la Spring Cup 2018. Mais à l’heure du départ, les caisses étaient vides. Plus une tune. Pas de solution. Alors, parce qu’il s’était dit qu’il ne garderait cette cartouche là qu’en cas de gros coup dur, l’autre con de Momo a fait une vidéo sur internet, pour demander un coup de main à ceux qui le souhaitaient. De l’argent est arrivé d’un peu partout en France, mais aussi de Guyane, et d’Allemagne. En 24h, la somme était réunie pour lui offrir son voyage ! Elle allait à nouveau voir l’Angleterre, ses jonquilles, et ses arbres fabuleux !
Mais, quand 10 jours avant la course la fédé anglaise a annoncé que la Spring Cup était annulée, elle en a chialé. Billets de bateau réservés , l’argent qu’on nous avait donné presque tout dépensé dans ces réservations à la con… Pas abattu, BenJ a fini par piquer le Kangoo de son grand-père, l’a chargée avec Kentinou, et ils sont tous les trois partis direction l’Irlande, et la Cookstown 100. Mais là-bas, personne ne les attendait vraiment, la grille était déjà pleine, et c’est seulement à 3 minutes de la seule séance d’essais en Classic que l’organisateur a bien voulu d'elle au départ. 5 tours pour convaincre, cinq tours pour se qualifier. Mais elle était qualifiée. Même la pluie du lendemain, une heure avant sa course, ne l’a pas démoralisée. Elle était en mission. Elle en avait tellement chié, tellement chié… qu'elle voulait réussir. Sur cette route séchante, purement irlandaise, elle a pris le temps d’aller vite, et d’aller chercher cette 2ème place en course. Pas pour le podium qu’il n y a pas eu. Pas pour l’histoire non plus.
Le Moto Club Fleur de Lys organise plusieurs roulages sur circuits, des balades, et est affilié à la FFM et délivre des licences. L'activité du club est centrée sur la course, avec l'envie de partager ses aventures à travers des vidéos qui montrent que ces activités sont accessibles à tous et donnent envie d'aller au bout de ses rêves.