Cet article retrace la carrière cycliste de Luis Goya Picassari, un coureur d'origine espagnole qui a marqué le cyclisme du sud-ouest de la France dans les années 1950 et 1960. Malgré une carrière interrompue par un tragique accident, Goya a laissé une empreinte indélébile dans le cœur des passionnés de cyclisme.
Luis Goya Picassari.
Les Débuts et l'Immigration en France
Luis Goya est né le 27 avril 1926 à Gabiria, dans la province de Guipuzcoa (Bilbao), en Espagne. Après la guerre, il est arrivé en France, émigrant clandestinement. Il a commencé le cyclisme tardivement, en 1948, à l'âge de 24 ans. Nous regrettons de ne pouvoir mieux situer Luis Goya dans sa famille et lors de ses débuts en Espagne, commencés « tardivement » (Descoubes).
L'Ascension dans le Cyclisme du Sud-Ouest
Goya a rapidement gravi les échelons, se distinguant par sa combativité et sa pointe de vitesse. En décembre 1951, Guerino Cassol, l’entraîneur de l’U.V. Lourdaise, verrait « avec plaisir Louis Goya Picassari se ranger sous sa bannière ». Il a couru sous les couleurs du Stade Nayais, auquel il est resté fidèle tout au long de sa carrière. Bel et solide athlète, le populaire coureur Espagnol, à la fidélité légendaire a passé toute sa carrière au stade Nayais.
Sa première victoire en France date du 16 juillet 1950 à Pau, lors du Prix du quartier Lartigue. Plusieurs publications indiquent "plus d'une centaine de victoires". Le journal « l’Athlète » transcrit le modèle de cette organisation en annonçant les épreuves organisées selon les communes, les départements et cela, par régions en spécifiant à quelles catégories de coureurs ces courses sont ouvertes.
En 1957, Lui Goya, vainqueur de la 2ème étape du Grand Prix de la Tomate, à Marmande. Cette photo nous a été confiée par Yves Nebut lequel nous a avoué que ce jour-là il n'avait pu garder la roue de Goya, qui montait très fort la bosse à chaque tour...
Palmarès et Principales Victoires
Luis Goya a remporté plus d'une centaine de victoires au cours de sa carrière. A défaut d’archives personnelles et du témoignage de son fils Michel, nous avons tenté de rassembler la carrière de coureur cycliste de Luis Goya Picassari à travers tous les résultats publiés dans le journal « l’Athlète » le concernant entre 1950 et 1962. Soit un peu plus de 12 saisons et un total de 246 résultats. Nous avons figuré les victoires glanées par L. Goya sur une carte montrant cette partie du territoire français communément désignée par l’expression « grand sud-ouest », soit un quart de l’hexagone.
Parmi ses succès les plus notables, on peut citer :
- Le Grand Prix de la Tomate à Marmande (1957)
- Villafranca de Ordizia (Espagne)
- Le Tour du Baztan à Pampelune
D'autres résultats sont aussi remarquables : la victoire à Saint Thomas de Conac (17) devant Trochut et Delort ou bien cette deuxième place derrière Nicolas Barone dans le Grand Prix du Chasselas à Cazes- Mondenard, et les quelques fois où il devance R. Cazala ou M. Mario Sandona qui a souvent couru en sa compagnie, "c'était mon copain".
Bien qu'il n'ait pas participé au Tour de France, Goya a brillé dans les courses régionales et les classiques du sud-ouest. Ses qualités physiques auraient dû en faire un coureur de courses par étapes.
Nous avons retrouvé dans la publication d'Alain Laplace "Retro sportivement"(tome 2, éd. Autour de l'ancien rugbyman du FC Lourdes F. Au-delà de la centaine de victoires, il faut relever ses trois participations à la grande classique du sud-ouest, Bordeaux-Saintes, dans laquelle il se classe 2ème en 1953 derrière Settimo Perrin, 3ème en 1956 derrière G. Gaillot et A. Lesca et 6ème en 1958 derrière M. Pelé, A. Lesca, P. Planas, P. Poutou et R.
Le Tragique Accident et l'Hommage
Le 15 avril 1962, lors du Prix de la Grande Maison à Dax, Luis Goya est victime d'une grave chute à quelques mètres de l'arrivée. Dans la « République des Pyrénées », A. Thiery, après avoir annoncé la « pénible nouvelle » qui sème « la consternation dans les milieux cyclistes du Béarn et les sportifs de la région nayaise », rappelle le portrait de l’homme, « l’ami de tous, l’enfant de Nay… dans chaque foyer considéré comme de la famille », et celui du coureur : « loyal adversaire, excellent camarade… d’une correction parfaite », « le type de coureur à citer en exemple », dont les « succès dépassent la centaine… tous acquis dans la régularité ».
Le coureur du Stade Nayais, dans le coma, est transporté au Centre Abadie à Bordeaux. « Après un mois et demi de souffrance (…) le mal a eu raison de sa forte constitution », il décède le 26 Mai 1962. Et, le journaliste exprime l’injustice du sort : Goya n’a pas eu « le bonheur de connaître son fils Michel, né trois jours après le terrible accident ».
Disputant le sprint d’arrivée du Prix de la Grande Maison, dimanche à Dax, Louis Goya a fait, à 300 mètres de la ligne, une lourde chute sur la chaussée.
L’épreuve est qualificative pour les championnats de France tant des indépendants que les amateurs. C’est la raison de l’engouement des participants, mais il en est une autre qui à son poids également : c’est la dotation très riche dont Mme Brisac, propriétaire des établissements de la Grande Maison à Dax, a doté cette compétition.
En 1960 il refusait un contrat professionnel en Espagne, par fidélité à son club de Nay. Il retournait néanmoins chaque année dans son pays d'origine pour se confronter aux pros. Alors qu'il était dans sa dernière saison, un destin tragique l'attendait dans le GP de la grande Maison à Dax.
On ne compte pas les victoires de Goya, et la plus belle fut celle de l’amitié. Estimé de tous, dirigeants et coureurs, le Nayais était malgré ces 37 ans un athlète superbe, dont la ténacité était légendaire.
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L'Héritage de Luis Goya
Malgré sa disparition prématurée, Luis Goya reste une figure emblématique du cyclisme du sud-ouest. A croire que notre ville et ses circuits lui portent chance, sans dire que sa pointe de vitesse particulièrement redoutable lui permet de la placer à bon escient sous tous les cieux.
Le souvenir de ce coureur courageux et attachant est toujours vivace dans la mémoire des supporters et des passionnés de cyclisme. On peut voir dans la photo du protocole à gauche Robert Bergez le speaker, Gonzalez vainqueur en Flandria avec son fils Patrick devant.
Son fils, Michel Goya, est devenu un expert militaire reconnu et consultant pour les médias français. A cette occasion, nous apprécions de lire le colonel de réserve évoquer « un gamin qui, comme moi, vivait dans une ferme isolée en plein Béarn (…) qu’il partageait seul avec sa mère ».
Aujourd’hui, le colonel en retraite est aussi un expert qui peut écrire sur « l’art de la guerre » dans la version de « Dune » de David Lynch, en critique avisé des adaptations cinématographiques.
Ironie du sort son fils unique naissait un mois plus tard.
Hommage à Louis Goya.