Le cyclisme, souvent perçu comme un sport d'endurance et de performance, a été entaché par de nombreux scandales de dopage au fil des années. Ces affaires ont jeté une ombre sur les victoires et les carrières de nombreux coureurs, soulevant des questions sur l'intégrité du sport et l'efficacité des mesures antidopage.
Vingt-sept ans après l’affaire Festina, douze ans après les aveux tardifs de Lance Armstrong, le cyclisme, même épargné par de gros scandales ces dernières saisons, continue à faire face à ce qui a longtemps été - et de loin - son problème numéro un. « Le sport cycliste est un sport difficile, dur et donc l’un des sports qui peut être le plus soumis aux tentations », souligne le gérant de l’équipe Groupama-FDJ Marc Madiot.
Examinons de plus près certains des coureurs les plus emblématiques impliqués dans des affaires de dopage, ainsi que les conséquences de ces scandales sur le monde du cyclisme.
Les Figures Marquantes du Dopage
Plusieurs coureurs cyclistes ont été au cœur de scandales de dopage qui ont marqué l'histoire de ce sport. Voici quelques exemples :
- Lance Armstrong : Le visage du dopage organisé, sans nul doute. Depuis ses aveux en 2013, dans un canapé de l’émission d’Oprah Winfrey, Lance Armstrong se fait plutôt discret. Chassé de sa fondation, déchu de ses sept victoires sur le Tour de France, suspendu à vie, il a confié dernièrement vouloir à nouveau s’engager dans la lutte contre le cancer. À l’automne prochain, il va toutefois devoir se défendre dans un procès contre le gouvernement américain, qui l’accuse d’avoir triché avec de l’argent public.
- Richard Virenque : L’un des plus populaires, indéniablement, mais aussi l’un des plus emblématiques de son époque, pris dans l’affaire Festina.
- Jan Ullrich : Vainqueur du Tour 1997, pris dans l’affaire Puerto en 2006, l’Allemand de 43 ans vit désormais à Majorque (Baléares), loin de son pays qui l’a banni après ses aveux en 2013.
- Bjarne Riis : Autre vainqueur du Tour sous l’uniforme de la Telekom (c’était en 1996), le grand Danois de 53 ans a longtemps continué d’œuvrer dans le peloton comme directeur sportif (CSC, Saxo Bank, Tinkoff). Ecarté de la Tinkoff en 2015, il a depuis repris une autre équipe, en Continental Pro (Virtu-Pro-Veloconcept).
- Floyd Landis : À 41 ans, l’Américain, déchu de son succès en 2006 à l’époque de la Phonak, a sombré dans une grosse déprime quand tous les ennuis lui sont tombés dessus. Depuis la fin de sa carrière, il a aidé les enquêteurs américains pour faire tomber Lance Armstrong et tout le système mis en place, il a beaucoup parlé, s’est beaucoup confessé.
- Erik Zabel : L’ancien grand sprinter allemand, 47 ans, a tout déballé en 2013. Depuis, il a eu besoin de couper, mais n’a pas quitté définitivement avec le monde du cyclisme. Certes, il n’a pas de rôle opérationnel dans une formation, mais il travaille désormais pour la marque de vélo Canyon, et s’occupe du partenariat technique avec les équipes Movistar et Katusha.
- Michael Rasmussen : Exclu du Tour 2007 pour avoir menti sur ses lieux d’entraînement et être ainsi impossible à localiser pour les contrôles, le frêle Danois a aujourd’hui 43 ans, et est encore sur le Tour.
- Alexandre Vinokourov : Contrôlé positif sur le Tour 2007, revenu à la compétition après, le Kazakh de 43 ans continue d’être très présent dans le peloton, puisqu’il est manager de la formation Astana.
- Alberto Contador : Positif au clenbutérol en juillet 2010, l’Espagnol Alberto Contador a été suspendu deux ans de compétition. Mais à 34 ans, le grimpeur ibère a poursuivi sa carrière, continué de gagner de belles et grandes courses. Il est d’ailleurs toujours sur les routes du Tour de France, cette année.

Jan Ullrich lors du Tour de France 2006
Dopage : l'ancien entraîneur de Festina brise l'omerta ! - Antoine Vayer
Les Affaires de Dopage les Plus Médiatisées
Plusieurs affaires de dopage ont eu un impact considérable sur le cyclisme, marquant les esprits et entraînant des changements importants dans la lutte contre le dopage :
- Affaire Festina (1998) : Trois jours avant départ du Tour de France 1998 à Dublin en Irlande, le soigneur de l’équipe Festina est contrôlé à la douane française. Ce qui devait être un contrôle de routine s’est transformé en un véritable scandale. Les douaniers ont trouvé dans son coffre plusieurs centaines de produits dopants et stupéfiants allant de l’EPO à l’amphétamine en passant par la testostérone. Immédiatement, l’équipe la plus puissante du moment avec le célèbre grimpeur français Richard Virenque est plongée dans une affaire de dopage organisé. Le directeur sportif de Festina a avoué les faits et son équipe a été exclue de la compétition le jour même par Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour de l’époque.
- Affaire Lance Armstrong : En octobre 2012, la star américaine est déchue de ses 7 titres sur le Tour de France après avoir été testé positif aux corticoïdes sur l’édition 1999. Les révélations sur les pratiques illicites du coureur Texan ont été sorties dans un ouvrage de David Walsh et Pierre Ballester « L.A. Confidentiel, les secrets de Lance Armstrong ». Les deux journalistes accusent Amstrong de s’être dopé sur le Tour 1999. Une procédure disciplinaire pour dopage à l’encontre d’Armstrong et de cinq de ses proches est alors ouverte en 2012. Plusieurs sponsors comme Nike se désolidarisent du coureur en raison de « preuves apparemment rédhibitoires » de dopage. Le 22 octobre, la décision tombe : Lance Amstrong est radié à vie du cyclisme. La légende déchue du cyclisme avouera les faits sur ses pratiques dopantes dans une interview réalisée avec Oprah Winfrey en 2013.
- Affaire Puerto (2006) : L’affaire Puerto c’est un des plus grands scandales de dopage sanguin qui touche le cyclisme dans les années 2000. Puerto, c’est le nom de code de l’opération de dopage organisée par le docteur Fuentes. Plus de 200 poches de sang codées, destinées à des autotransfusions sont retrouvées dans un laboratoire clandestin de Madrid… Le 23 mai 2006. Les policiers découvrent entre autres au cours de leur perquisition une poudre appelée « poussières de la mère Célestine », un produit à base de protéase destiné à faire disparaître toute trace d’EPO.

La voiture de l'affaire Festina
Le Dopage Génétique : Une Nouvelle Menace ?
Le professeur Olivier Rabin, directeur science et médecine à l’Agence mondiale anti-dopage (AMA), estime que la menace du dopage génétique est “beaucoup plus réelle” qu'elle ne l'était il y a quelques années. Il s’agit ni plus ni moins d’un détournement de la thérapie génique utilisée en milieu médical.
“Concrètement le dopage génétique cela pourrait être l’ajout d’un gène supplémentaire d’EPO ou d’hormone de croissance”, deux hormones présentes naturellement dans le corps humain, mais dont on stimulerait ainsi la production. Ce pourrait être aussi d’après Olivier Rabin “la modification de l’expression d’un gène en rajoutant des ARN messagers pour produire plus de protéines.”
L’AMA en commande sur internet pour les analyser en laboratoire et ensuite mettre au point un test pour les détecter. “Mais vous dire que ces EPO génériques sont toutes détectables, ce serait un peu prétentieux, cela voudrait dire qu’on les a toutes testées”.
Les Microdoses et la Difficile Détection
Les produits sont identiques donc, mais pas les doses injectées qui, elles, sont réduites. “On n’est plus dans le dopage de grand-papa avec des grosses doses que l’on détecte très bien”, relate Olivier Rabin de l’Agence mondiale antidopage. “Ce sont des injections quotidiennes et non plus trois fois par semaine. Les doses sont beaucoup plus faibles, ce sont des microdoses parfois même administrées par voie intraveineuse”.
Les microdoses de substances dopantes restent moins longtemps dans le sang et les urines. Elles sont donc plus difficilement détectables lors des contrôles. “La fenêtre de détection pour certaines substances est très courte”, confirme Olivier Banuls, le responsable du département des contrôles à l’International Testing Agency (ITA), l’organisme indépendant qui effectue les contrôles anti-dopage. “Parfois, cette fenêtre de détection n’excède pas quelques heures.”
Les Suspensions et les Contrôles
De manière générale, les contrôles positifs - et donc les sanctions - se font rares dans le cyclisme. Ces dernières années, l’Union cycliste internationale (UCI) a suspendu en moyenne cinq coureurs par an, sur 1000 cyclistes professionnels en catégorie route. Des suspensions pour test positif à une substance prohibée ou pour cause d’anomalie sur le passeport biologique d’un coureur*.

Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar au coude-à-coude pour remporter la 11e étape du Tour de France 2024
Les Soupçons Autour de Pogacar et Vingegaard
Ainsi les performances en 2024 de Tadej Pogacar, comme celles de Jonas Vingegaard l’année précédente sur le Tour de France, ont suscité des doutes. Interrogés à plusieurs reprises, les deux ont nié avec force tout recours à une substance illicite.
« Il n’y a pas de confiance et je ne sais pas ce qu’on peut faire pour la regagner », a constaté Pogacar en octobre, disant espérer que « peut-être dans quelques générations les gens vont oublier le passé, oublier Armstrong et ce qu’ils faisaient à l’époque ».
Les Mesures Anti-Dopage Actuelles
Pour lutter contre le dopage, l’ITA teste les coureurs très régulièrement. En moyenne, sur une compétition, “ils sont contrôlés chacun à quatre reprises”, explique Olivier Banuls. Ainsi, sur la dernière Vuelta (Tour d’Espagne), Guillaume Martin raconte que lors de la troisième semaine de course, “un contrôleur est venu frapper à [sa] porte à 20h pour un test urinaire”. “Le lendemain matin à 6h45, j'étais encore en train de dormir, on refrappe à ma porte et le même contrôleur est revenu faire un test urinaire”, se souvient le coureur.
Malgré les efforts déployés, le milieu du cyclisme a-t-il chassé ses démons ? Certains en doutent. Le site cyclisme-dopage.com, créé par un passionné de vélo et particulièrement bien documenté, s’est fait une spécialité de rafraîchir les mémoires. Il passe régulièrement au crible l’organigramme des 18 équipes du World Tour (première division) et des Pro Team (deuxième division). Le constat est on ne peut plus clair : de nombreux coureurs dont le nom a été cité dans des affaires de dopage se sont reconvertis dans l’encadrement.
Tableau Récapitulatif des Coureurs Dopés Cités
| Coureur | Affaire | Conséquences |
|---|---|---|
| Lance Armstrong | Dopage généralisé | Déchu de ses 7 titres du Tour de France, suspendu à vie |
| Richard Virenque | Affaire Festina | Suspension |
| Jan Ullrich | Affaire Puerto | Banni de son pays |
| Alberto Contador | Positif au clenbutérol | Suspension de 2 ans |