La guerre des motards est un conflit qui a déchiré la province du Québec de 1994 à 2002. Les Hells Angels sont principalement connus au Québec depuis cet événement. Il s’agit cependant d’une organisation internationale, présente dans une cinquantaine de pays.
Qui sont les Hells Angels?
Le MC Hells Angels, né en Californie le 17 mars 1948, est l’un des plus grands clubs au monde, avec 467 chapitres répartis dans 59 pays. Le premier chapitre officiel du club a été créé en 1948 en Californie, dans la banlieue de Los Angeles, après un grand rassemblement de motards organisé par l’AMA (American Motorcyclist Association) et le club des vétérans à Hollister.
À cette époque, les premières bandes de motards sont essentiellement composées d’anciens combattants (le plus souvent des aviateurs) qui se réunissent pour retrouver des valeurs qui leur sont fortes - aventure, liberté, camaraderie - et les motos de légende comme les Harley Davidson et les Indians sont leurs montures. Parmi ces premiers groupes, les Pissed Off Bastards of Bloomington dont certains membres vont fonder le premier chapitre des Hells Angels à Fontana, en Californie.
Dans les années 1950, de nouveaux chapitres du club voient le jour en Californie et s’unissent. Les règles sont posées et des critères d’admission sont définis. Le premier chapitre européen est validé à Londres le 30 juillet 1969. À la fin des années 70, c’est l’Australie qui accueille un nouveau chapitre mondial, puis le Brésil en 1984.
Le nom Hells Angels apparaît pour la première fois en 1930. C’est le titre d’un film d’Howard Hugues qui met en scène trois amis, deux frères britanniques et un allemand, qui se retrouvent dans des camps opposés lors de la Première Guerre mondiale.
Comme pour bon nombre de MC, les règles de fonctionnement du groupe restent généralement très secrètes. Si ces règles sont immuables, elles ne sont toutefois que la partie visible de l’iceberg qu’il faudra escalader pour pénétrer le HAMC.
Les membres du HAMC se définissent comme une famille. Quelles que soient les circonstances, les prises de position sont unanimes. Les possessions de la famille sont sacrées et défendues par tout le groupe.
Pour se financer, les Hells Angels vont exercer de multiples activités hors-la-loi : trafic de drogue, prostitution, contrebande… Une radicalisation qui donne vie à un business très lucratif, mais aussi à de nombreuses rivalités de gangs avec des affrontements parfois jusqu’à la mort.
Croyances erronées sur Hells Angels | L'Histoire nous le dira # 131
La guerre des motards au Québec
Dans les années 1990, les Hells Angels lancent dans la province canadienne un conflit d’une brutalité inédite, sur fond de trafics en tous genres. Cette guerre a fait plus d’une centaine de morts et marqué durablement la société.
Ce conflit atteint son paroxysme le 9 août 1995, à 12h30. Ce jour-là, une déflagration assourdissante retentit à Hochelaga-Maisonneuve, un quartier populaire de Montréal. Une bombe dissimulée sous une Jeep garée en pleine rue vient d’exploser, tuant sur le coup son occupant, projeté à plusieurs mètres de son véhicule avec les deux jambes arrachées. Des morceaux de la voiture sont projetés à plus de 50 mètres de distance.
Le jeune Daniel Desrochers, 11 ans, qui jouait sur le terrain d’une école toute proche, reçoit un projectile en métal en pleine tête. Il meurt de cette blessure après quatre jours passés à l’hôpital.
Aujourd’hui encore, cet attentat reste, dans l’esprit des Québécois, l’acte le plus emblématique de la violence aveugle d’une décennie sanglante, ayant abouti à plus de 150 morts, une centaine d’incendies criminels et 200 tentatives de meurtres.
Près de trente années plus tard, les soubresauts de ces attentats se font encore sentir. Car ce qui était considéré, au moment des arrestations qui ont suivi cette vague de violence, comme un succès policier s’est finalement révélé être un véritable fiasco judiciaire.
Les opérations policières de grande envergure, et ce qu’on a ensuite appelé les «mégaprocès», se sont finalement soldés par des peines réduites, des acquittements et des dizaines d’arrêts de procédures en raison de délais déraisonnables.
Pour comprendre cette guerre contre le crime organisé, commencée dans les rues de Montréal au début des années 1990 et qui se poursuit encore aujourd’hui dans les prétoires et les cours de justice, il faut remonter à l’Amérique de l’après-guerre.
C’est en 1977 que les Hells Angels débarquent au Québec. Après d’intenses négociations, les Popeyes acceptent en effet de passer sous la coupe de l’organisation américaine et de fonder le premier chapitre canadien des Hells.
La cadence s’accélère: les motards s’installent rapidement dans le paysage criminel québécois. Des petits groupes de motards locaux, comme les Night Angels, les Gitans et les Missiles, sont assimilés de gré ou de force à l’organisation, qui ne cesse de prendre de l’importance.
Maurice Boucher: Un acteur clé
À la fin des années 1980, le paysage criminel de la province subit une profonde transformation. La place de plus en plus importante occupée par les Hells Angels suscite des vocations et de plus en plus de candidats se présentent à titre de prospects. Parmi eux se trouve un nommé Maurice Boucher.
Boucher devient vite un homme craint et respecté. Il fait preuve d’un certain charisme et d’une capacité de leadership qui marqueront ensuite son ascension dans l’univers du crime. Sa violence est notable. Il est décrit comme un homme qu’on envoyait pour en tabasser d’autres, souvent sous l’emprise de la drogue.
Sa rencontre avec Salvatore Cazzetta, autre membre influent des SS, marque d’ailleurs le début d’une amitié solide et stratégique. Ensemble, ils deviennent des candidats de choix pour les Hells Angels cherchant à étendre leurs activités au Canada.
Son évolution au sein du mouvement est rapide: repéré par Walter Stadnick, chef des Hells canadiens en 1988, Boucher est choisi comme lieutenant pour la province du Québec en raison de son potentiel. Il démontre rapidement ses compétences.
Dès 1993, Boucher établit des liens avec la mafia pour la toute première fois dans l’histoire du crime organisé. C’est à cette époque qu’il se voit attribuer le surnom de «Mom» («Maman»), soulignant son rôle d’observateur vigilant et de leader omniprésent parmi ses hommes et son organisation.
Mais c’est aussi sous sa direction que, dans le milieu des années 1990, le Québec devient le théâtre d’une escalade de violence jamais atteinte, avec en son cœur la guerre impitoyable entre deux gangs rivaux de motards. D’un côté, les Hells Angels, dirigés par Maurice Boucher. Et de l’autre, les Rock Machine de Salvatore Cazzetta, l’ancien ami de Boucher.
Le 14 juillet 1994, deux membres des Rockers assassinent un proche des Hells, marquant le début d’une guerre sanglante et impitoyable qui va durer près de huit ans.
La fin de la guerre et ses conséquences
Les règlements de comptes se poursuivent ainsi jusqu’au début des années 2000 lorsque, réalisant enfin que cette guerre est très mauvaise pour les affaires, les Rock Machine et les Hells Angels finissent par enterrer la hache de guerre.
Et c’est encore une fois Mom Boucher qui l’emporte: les Rock Machine acceptent de se soumettre aux Hells Angels, qui prennent alors le contrôle de tout le marché de la drogue à Montréal.
Le 10 octobre 2000, son procès pour le double meurtre des gardiens de prison est annulé par la cour d’appel de Montréal. La police a en effet découvert que des membres du jury ont fait l’objet d’intimidation et que le juge aurait donné des directives non conformes aux jurés durant les audiences.
En mars 2001, une vaste opération policière aboutit à l’arrestation de 142 personnes liées au crime organisé et aux motards, principalement des Hells Angels ou des membres de leurs groupes affiliés.
C’est finalement à l’issue d’un procès très médiatisé, en 2002, que Mom est condamné à la réclusion à perpétuité pour trois chefs d’accusation: une tentative de meurtre et deux meurtres au premier degré.
Aujourd'hui, l’organisation criminelle de motards a montré sa vitalité en rassemblant des centaines de membres au Québec, où il contrôle le trafic de stupéfiants.
Selon les estimations de la SQ, les Hells Angels jouissent d’un quasi-monopole sur le trafic de drogue de la province, dont il contrôle entre 95 % et 100 %. A l’échelle du Canada, les Hells Angels québécois sont ainsi aujourd’hui les plus puissants et les plus agressifs.