Il y a quarante ans, Eddy Merckx allait échouer dans sa quête d’un sixième Tour de France face au jeune Bernard Thevenet. C’est dans l’ascension du Pra-Loup que l’histoire s’est jouée, le Cannibale connaissant une défaillance rarissime. Le Tour revient à Pra-Loup. Mais c'est un autre écho qui semble aujourd'hui résonner, à quatre décennies d'intervalle. "Le coureur dominateur n'a jamais été aimé dans l'histoire du Tour de France. C'était vrai avec Jacques Anquetil, c'était vrai avec Eddy Merckx, ça se produit là encore", a-t-il également tenu à rappeler.
Merckx peut en témoigner. Lui aussi a été touché dans son intégrité.
Le Contexte de la Course
Le 13 juillet 1975, Merckx (Molteni) était leader du classement général, une minute devant Thévenet (Peugeot). Annoncé comme l’un des outsiders de l’épreuve, Luis Ocaña avait quant à lui abandonné à l’étape précédente. Plus fort que son rival français dans les contre-la-montre, Merckx a laissé filer quelques minutes lors des premières épreuves de montagne. La passation de pouvoir n’a jamais été aussi proche.
Si l’étape faisait alors 218 km et s'était élancée de Nice. Merckx (Molteni) était donc leader du classement général en ce 13 juillet 1975, une minute devant Thévenet (Peugeot).
Contexte : 13 juillet 1975. Eddy Merckx en route pour un sixième succès sur les routes du Tour. Face à la jeune garde, menée par Bernard Thévenet. Un mano à mano mémorable.

Bernard Thévenet en jaune sur un podium en bois
Un Parcours Décisif
Dans l’ascension du col des Champs, Thévenet tente déjà sa chance. Mais ses attaques sont vaines et voient revenir Merckx dans sa roue. Merckx donne parfaitement la réplique, bien aidé par son coéquipier Jos de Shoenmaker. Thévenet se fait ensuite distancer dans la descente très technique du col d’Allos négociée de main de maître par Merckx. Tout laisse à penser que « L’Ogre de Tervueren » - surnom tout aussi démesuré que le coureur - s’envole vers un sixième titre.
Mais à quatre kilomètres de l’arrivée, tout s’écroule. Le Belge semble collé sur la route et se fait reprendre par un Thévenet déchaîné et Felice Gimondi. Merckx concède deux minutes sur la ligne d’arrivée au vainqueur du jour. Ses dernières chances d’un nouveau sacre viennent de passer.
Vainqueur : Bernard Thévenet Profil de l’étape : 14e étape entre Nice et Pra Loup, 218 km.
Mag du jour : Thévenet en 1975 - Étape 17 - Tour de France 2017
La Chute d'un Géant
Pourquoi c’est mémorable : La chute d’un géant. Vainqueur de cinq des six dernières éditions, Eddy Merckx était le grand favori à sa propre succession. Géant, il le fut une fois de plus dans la défaite, en se rendant les armes à la main.
Dans la 15e étape entre Nice et Pra-Loup (215,5 km), le Belge fond sur le bitume, Thévenet s’envole. «Le Cannibale» après avoir reçu un coup de poing au foie dans l’ascension finale du Puy-de-Dôme (14e étape), veut tourner la page, se lance à l’attaque avant de subir une terrible et spectaculaire défaillance vers Pra-Loup. Le jour de repos n’a pas été suffisant pour recomposer physique et mental. Thévenet le passe sur la droite dans un cliché resté célèbre pour la violence des sentiments qu’il inspire aux protagonistes. Il n’a rien oublié : «Ce n’est pas magique. Un quart d’heure avant de passer Merckx, je suis en mauvais posture. Quand je le passe sur la droite, sur le goudron brûlant, je veux juste réduire l’écart, je ne pensais jamais lui reprendre 1’56’’.»

1975 Tour de France Merckx
Le Coup de Poing du Puy-de-Dôme
Deux jours après avoir été frappé par un spectateur dans la terrible ascension du Puy de Dôme, Eddy Merckx va offrir une résistance farouche à son jeune rival Bernard Thévenet. Avant de craquer en fin d’étape. La chute d’un mythe au cœur de l’été 75.
Physiquement. C'était il y a exactement 40 ans. Deux jours avant cette fameuse étape de Pra-Loup qu'honorera le Tour de sa mémoire mercredi. Le 11 juillet 1975, sur les pentes du Puy-de-Dôme, à 200 mètres environ de l'arrivée, le champion belge reçoit un coup au foie porté par un spectateur présent sur la droite de la route. Merckx termine le souffle coupé par cet uppercut.
Merckx est convaincu que ce coup lui a coûté le Tour. Thévenet, beaucoup moins, évidemment.
Une fois sa respiration retrouvée, le quintuple vainqueur du Tour va reprendre la route à contre-sens et, accompagné de gendarmes, retrouver son agresseur. "Je l'ai même pas touché, vous rigolez", lance celui-ci, un peu penaud. Son identité est relevée. Merckx repart sous les sifflets. Les deux hommes se retrouveront chez le juge, puis au procès. Nello Breton, puisque c'est son nom, écopera d'une peine de prison avec sursis et d'un franc symbolique de dommages et intérêts. Saveur ultime de l'affaire, son avocat, commis d'office, s'appelait... Thévenet. Le quotidien La Montagne l'a retrouvé et a joliment narré toute cette histoire.

Eddy Merckx à l'arrivée de l'étape au Puy-de-Dôme en 1975, juste après son coup de poing
Un Pacte Tacite
Au Puy-de-Dôme, quelque chose s'est cassé. "C'est dégueulasse, s'emportera d'ailleurs Merckx, à chaud. J'ai été insulté, déjà, mais frappé, jamais. Je suis écoeuré." Si l'évènement choque à l'époque, c'est justement parce qu'il est exceptionnel. Et cette rareté a quelque chose de miraculeux. Des millions de gens se massent sur les routes des grandes courses cyclistes à travers le monde, chaque année. C'est la puissance unique de ce sport que de placer ses champions au cœur de l'action, presque en corps à corps avec le public. Aucune autre discipline n'offre cela et c'est à l'évidence une des raisons majeures de la popularité du cyclisme en général, et du Tour en particulier.
Si ces épisodes sont rarissimes, c'est parce que le public scelle un pacte tacite avec les coureurs. Il jouit d'un privilège assorti d'une obligation : sa proximité s'accompagne d'un respect absolu. On ne s'en prend pas au coureur. Bien sûr, personne n'est jamais à l'abri d'un dingue prêt à aller jusqu'au meurtre. Mais Nello Breton n'était pas un psychopathe. Son acte fut moins frappé du sceau de la dangerosité que de la bêtise. Son geste aura surtout été le point culminant de l'exaspération merckxienne.
Contrairement à Froome, la foule ne reprochait pas à Merckx d'être un possible tricheur (elle ne se posait pas vraiment ce genre de questions à l'époque, ou alors de très loin), mais de trop gagner. Car Merckx ne gagnait pas que le Tour. Il gagnait tout. Tout le temps. Comme jamais personne, avant ou après lui, n'a gagné.
Le Triomphe de Thévenet et l'Arrivée sur les Champs-Élysées
Cette année-là, Bernard Thévenet devient le premier vainqueur du Tour sacré sur les Champs-Elysées (où le Belge Walter Godefroot remporte l’étape). L’idée a été lancée par Yves Mourousi, présentateur vedette des journaux télévisés de TF1.
On a l'impression que ça a toujours existé : l'arrivée de la dernière étape du Tour sur la plus belle avenue du monde. Les années précédentes, la Grande Boucle s'achevait sur le vélodrome de la Cipale à l'est de Paris.
Le Tour étant une affaire de journalistes depuis sa création en 1903, c'est encore l'un d'entre-eux qui a « inventé » l'arrivée sur les Champs : Yves Mourousi. Les organisateurs cherchaient un peu de panache et le journaliste vedette de TF 1, lors d'une rencontre au Salon du cheval en 1974, soumet l'idée à Valéry Giscard d'Estaing, tout juste élu président de la République. Le chef de l'Etat donne immédiatement son accord. Dès l'année suivante, l'arrivée se fera donc sur les Champs-Élysées.
Pour cette première, le Tour ne part pas d'une ville de la banlieue. Il tourne dans Paris intra-muros sur un circuit de 6 km à parcourir à 25 reprises. Il fait très chaud et les autorités estiment qu'un million de personnes se massent le long de la route. C'est le Belge Walter Godefroot qui entre dans l'histoire en s'imposant au sprint en devançant Robert Mintkiewicz. Bernard Thévenet est le premier coureur à gagner le Tour dans ce cadre prestigieux.
Les Vainqueurs Français un 14 Juillet
- Garin (1903)
- Aucouturier (1904)
- Trousselier (1905)
- Passerieu (1906)
- Cadolle (1907)
- Crupelandt (1911)
- H. Pélissier (1923)
- Magne (1928)
- C. Pélissier (1930, 1931)
- Antoine (1937)
- Fournier (1939)
- Idée (1949)
- Robic (1953)
- Vivier (1954)
- Bourles (1957)
- Anquetil (1961, 1964)
- Pingeon (1968)
- Delisle (1969)
- Thévenet (1970, 1975)
- Labourdette (1971)
- Martinez (1980)
- Barteau (1989)
- Brochard (1997)
- L.
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