Le cyclisme handisport professionnel est un domaine où la détermination et la passion se conjuguent pour surmonter les défis. Des athlètes comme Kévin Le Cunff et Louis Gobet incarnent cette réalité, en repoussant les limites et en inspirant par leurs performances.

Louis Gobet: Jeune Talent du Cyclisme Handisport
Louis Gobet, âgé de 17 ans et en terminale, est un exemple de détermination et de talent dans le cyclisme handisport. Il étudie au lycée Saint Pierre à Bourg en Bresse et est également en Pôle Espoir (Talent 01 à Bourg en Bresse), ce qui lui permet d'allier les études et le sport avec un emploi du temps aménagé. Il a ainsi le statut de sportif de haut niveau.
Son club handisport est le BAC (Bourg Ain Cyclisme). Depuis 2024, il a intégré l'équipe de France sourd. Pour réaliser ses objectifs, il met tout en œuvre pour atteindre le sommet du cyclisme handisport sourd et valide. Pour cela il doit passer par de bonnes performances aux championnats du monde ainsi, qu’aux championnats d’Europe sourd.
Louis fait également du cyclisme valide en FFC. Son club est le Paray le Monial Cyclisme en Saône et Loire. Mon handicap ne me gêne pas du tout au cours de la vie de tous les jours ainsi que dans mon sport.
Kévin Le Cunff: De Cycliste Valide à Champion Handisport
Il y a une vie après le professionnalisme. Après trois ans passés au sein de l’équipe Saint-Michel-Auber 93, au niveau continental, la 2e division du cyclisme, Kévin Le Cunff se lance à 32 ans dans une nouvelle aventure : celle du handisport.
Après des années à pédaler chez les valides malgré « deux pieds bots et un mollet atrophié », le coureur parisien, qui n’a pas trouvé le nouveau contrat professionnel espéré, est sur le point de concrétiser un projet qu’il mûrissait depuis quelque temps.
Longtemps coureur cycliste chez les valides, malgré deux pieds bots et un mollet atrophié, il réalise de belles performances, notamment une troisième place lors du Paris-Chauny en 2016 mais aussi une cinquième place lors des Boucles de l’Aulne en 2017. Après sa médaille de bronze lors de l’épreuve de course en ligne des championnats du monde de Cascais, en 2021, il s’illustre au plus haut niveau lors des Jeux Paralympiques de Tokyo 2020, sur la course sur route. Depuis, Kévin est devenu multiple champion du monde et d’Europe.
« Jeune, je n’ai jamais pensé au handisport. Je voulais aller le plus loin possible au sein de l’élite. C’est ce que j’ai fait. Mais j’en avais parlé avec l’un de mes coéquipiers : “Le jour où ma carrière professionnelle s’arrête, je me renseignerai un peu plus…” », confiait celui qui a terminé à la 17e place du dernier Paris-Tours, deuxième meilleur Français.
A l’aise sur les courses en ligne, il a multiplié les places d’honneur lors de son passage chez les professionnels, remportant sa seule victoire lors des Boucles de l’Aulne en 2018 ou terminant encore deuxième de la dernière étape du Tour de la Mayenne 2019, « sauté » sur la ligne par le sprinteur Bryan Coquard.
« J’ai essayé de ne jamais considérer mon handicap comme quelque chose de handicapant. Mais c’est sûr qu’au quotidien, ça l’est. Je suis complètement bridé des chevilles. Je n’ai aucune mobilité et donc mon geste de pédalage n’est pas complet. J’étais vraiment pénalisé sur les épreuves type contre-la-montre et moins gêné en danseuse », explique Kévin Le Cunff.
En tant que nouvel athlète handisport, Kévin Le Cunff doit passer l’étape de la classification, un examen médical poussé qui lui attribuera une catégorie en fonction de son handicap. Il en existe cinq différentes chez les cyclistes.
« Je lui ai expliqué qu’il intégrait un milieu où l’on n’est parfois pas encore considéré comme de vrais athlètes de haut niveau et où les courses sont moins médiatisées. Il va falloir l’assimiler mais il est assez intelligent pour cela, lance Laurent Thirionet, optimiste. Il arrive au moment où le paracyclisme se professionnalise. Grâce à Paris 2024, nous disposons de plus de moyens. Je pense qu’il gagnera davantage sa vie en étant un vrai espoir de médailles qu’en étant un coureur de niveau continental. »
Jeune trentenaire, Kévin Le Cunff a encore de belles années devant lui. Le cycliste peut s’inspirer de son nouveau coach : Laurent Thirionet était âgé de 42 ans quand il a remporté, à Londres en 2012, la dernière de ses sept médailles paralympiques.
Entraîneur en chef du paracyclisme au sein de la Fédération française handisport (FFH), Laurent Thirionet s’est chargé d’accueillir l’ancien professionnel dans ce nouveau monde. Amputé d’une jambe à 23 ans, il a été double champion paralympique et dirige une équipe de Division 1 nationale à Dunkerque que vient de rejoindre Le Cunff.
« Kévin est un bon coureur. Au début, il était attristé de ne pas retrouver de contrat chez les pros mais après il s’est mis en tête de faire les Jeux paralympiques de Tokyo, livre l’ex-champion. Il a un handicap minimal pour être éligible au handisport, le même genre que ce que les meilleurs coureurs français, brésiliens ou américains ont aussi. C’est une vraie performance d’avoir été pro. Sans ça, peut-être qu’il aurait passé un cap… »
Les Formes de Cyclisme Handisport
Le cyclisme se pratique sous 4 formes différentes en compétition :
- Le handbike (vélo à bras pour les personnes en fauteuil roulant, uniquement sur route)
- Le vélo traditionnel
- Le tricycle (pour les infirmes moteurs cérébraux ayant des troubles sévères de coordination)
- Le tandem (pour les malvoyants et non-voyants)
Les classes sportives tiennent compte de ces différentes formes de pratique.
Selon le degré de handicap, le cycliste utilise le maximum du potentiel musculaire du ou des membre(s) inférieur(s) pour agir sur un pédalier avec une transmission par chaîne. Le vélo est standard avec éventuellement quelques aménagements inhérents au handicap (emplacement des freins, des changements de vitesse, du pédalier…).
Le cycliste utilise la force des membres supérieurs pour actionner le pédalier. L’engin utilisé est à trois roues, avec propulsion manuelle avec plateaux, dérailleurs, manivelles et freinage adaptés. Suivant les troubles musculaires et posturaux, le cycliste a recours à un engin à trois roues comportant éventuellement des adaptations spécifiques à son handicap.
Classes Sportives en Cyclisme Handisport
Voici la liste (non-exhaustive) des principales caractéristiques des sportifs :
- Handbike
- Propulsion en position couchée
- H1 et H2 : cycliste tétraplégique.
- H3 : cycliste paraplégique sans mobilité volontaire du tronc.
- H4 : cycliste paraplégique avec tronc fonctionnel.
- Propulsion en position à genoux
- H5 : paraplégique, amputé, infirme moteur cérébral ayant opté pour cette position.
- Propulsion en position couchée
- Vélo solo
- C1 : hémiplégie sévère (droite ou gauche) ou diplégie (handicap des deux membres inférieurs). Amputations multiples, de membres inférieurs et supérieurs.
- C2 : hémiplégie modérée (droite ou gauche). Amputation fémorale sans utilisation de prothèse et amputations multiples assimilées.
- C3 : atteinte neurologique ou fonctionnelle des deux membres inférieurs, amputé fémoral utilisant une prothèse.
- C4 : amputation tibiale unilatérale ou troubles neurologiques associés.
- C5 : amputation ou atteinte unilatérale de membre inférieur et supérieur.
- S : cycliste sourd ou malentendant.
- Vélo tandem
- Tous les cyclistes déficients visuels, classifiés B, courent ensemble. Cette classe sportive concerne tous les cyclistes ayant une absence de perception de la lumière, ou une acuité visuelle de 6/60 au meilleur oeil, et/ou un champ visuel de moins de 20 degrés. La classification se fait par rapport au meilleur oeil avec la meilleure correction, c'est-à-dire que tous les athlètes qui utilisent des verres de contact ou correctifs doivent les porter pour la classification, qu'ils entendent ou non les porter pendant la compétition.
- Tricycle
- T1 : quadriplégique, souvent avec athétose (tremblements).
- T2 : diplégique, souvent avec spasticité (raideurs).
Chaque classe sportive est précédée de la lettre M pour les hommes (men en anglais) et de la lettre W pour les femmes (women).
Le Rôle Crucial des Classificateurs
Dans le cyclisme handisport, les classificateurs jouent un rôle essentiel dans le processus de classification des athlètes en fonction de leur handicap et de leurs capacités fonctionnelles. Leur objectif principal est de garantir des compétitions équitables en regroupant les athlètes dans des catégories correspondant à leur niveau de fonctionnement.

Les responsabilités des classificateurs incluent :
- Évaluation des athlètes: Les classificateurs sont chargés d’évaluer les athlètes en fonction de leur handicap, de leur niveau de fonctionnement et de leurs capacités physiques.
- Observation des compétitions: Les classificateurs assistent souvent aux compétitions pour observer les performances des athlètes et s’assurer que leur classification est appropriée.
- Formation et sensibilisation: Les classificateurs participent à des programmes de formation pour acquérir les compétences nécessaires à l’évaluation des athlètes en fonction de leur handicap.
- Compétences médicales: Les classificateurs possèdent généralement des compétences médicales ou paramédicales, telles que des médecins, des kinésithérapeutes, des physiothérapeutes ou des professionnels de la réadaptation.
- Connaissance du sport: Les classificateurs ont une bonne compréhension des exigences physiques et techniques du cyclisme handisport.
- Éthique et impartialité: Les classificateurs doivent faire preuve d’éthique et d’impartialité dans leur travail, en garantissant que chaque athlète est évalué de manière équitable et sans préjugés.
En résumé, les classificateurs jouent un rôle crucial dans le cyclisme handisport en garantissant que les compétitions sont équitables et inclusives pour tous les athlètes.
Témoignage de Maxime Gregoire
J’ai 21 ans et j’habite Montcel, une petite commune rurale près de Chambéry. Je suis handicapé de naissance puisque je souffre d’une hémiparésie qui entraîne une perte importante de force sur tout le côté droit de mon corps.
Mon grand frère faisait du vélo, je m’y suis mis moi aussi dès l’âge de cinq ans, le plus souvent parmi les valides car il existe peu de courses en handisport. J’ai aussi pratiqué sept ans d’escalade au collège. Aujourd’hui, je m’entraîne environ trois heures par jour sous la direction de mon grand frère qui est aussi mon entraîneur. Je participe depuis 2022 aux grands rendez-vous mondiaux du paracyclisme.
En 2022, j’ai été médaille d’argent de la course en ligne aux Mondiaux de Baie Comeau au Canada. Je suis déçu en revanche de ne pas avoir réussi à me qualifier pour les jeux paralympiques de Paris mais c’est la dure loi du sport de haut niveau.
J’aime l’idée que mon parcours pourra aider d’autres personnes à accepter leur handicap.