L'endofibrose de l'artère iliaque externe est une pathologie qui semble spécifique du sport de haut niveau, survenant principalement chez les cyclistes, mais également chez les sujets pratiquant des sports d'endurance comme la marche et le marathon. Elle constitue une affection grave qui peut avoir un impact considérable sur les performances et la santé globale du cycliste.
Il est important que les cyclistes soient conscients du risque et prennent des mesures pour prévenir et traiter cette affection. Avec un dépistage précoce et un traitement approprié, il est possible de réduire le risque de complications, mais aussi de maintenir une bonne circulation sanguine dans les jambes.
L'objectif de cet article est d’établir un consensus sur le diagnostic et la prise en charge de l'endofibrose de l'iliaque. Compte-tenu de la méconnaissance de cette pathologie par certains médecins non spécialistes, il peut exister un retard dans le diagnostic et une mauvaise prise en charge.
Endofibrose du cycliste ou running longue distance. Extraits Dr Maillot
Qu'est-ce que l'Endofibrose Iliaque ?
L’endofibrose iliaque est une pathologie peu fréquente qui touche principalement les sportifs et en particulier les cyclistes de haut niveau. C’est une lésion de l’artère iliaque externe au-dessus du pli de l’aine. Chacune de ces artères (une droite et une gauche), qui sont la prolongation de l’aorte abdominale, fournit du sang à la jambe concernée.
L’artère iliaque externe circule notamment sur le lieu de flexion de la cuisse sur la hanche ; un frottement mécanique excessif à ce niveau est le facteur principal d'endofibrose iliaque. En effet, les frottements mais aussi la butée de l’afflux sanguin sur la paroi artérielle (en flexion) induisent une déformation de l’artère ainsi qu’un épaississement de la paroi de l’artère. C’est cet épaississement qui correspond à l’endofibrose à proprement parler.
L’endofibrose iliaque peut alors mener à la réduction du diamètre de l’artère, c’est-à-dire une sténose. L’artère ne laisse plus suffisamment passer le sang et la jambe est mal irriguée. Cette insuffisance d’afflux sanguin s’observe principalement à l’effort, car la demande de sang est plus grande.
Anatomiquement, l'endofibrose est une affection qui touche les artères iliaques, qui sont les principales artères qui alimentent les jambes en sang. Elle survient lorsque la paroi interne des artères est endommagée et cicatrisée, entraînant la formation de tissu cicatriciel fibreux. Ce tissu génère le rétrécissement des artères. Cela peut entraîner une réduction du flux sanguin dans les jambes et provoquer des symptômes tels que des douleurs aux jambes, des crampes et de la fatigue.

Causes de l'Endofibrose
La physiopathologie relève de facteurs mécaniques et hémodynamiques. Lors des mouvements de pédalage, l’artère iliaque externe est mise en tension et prend un trajet rectiligne lors de l’extension de la hanche. Le traumatisme répété, créé par l’extension lors de pédalage entraîne une réaction pariétale hyperplasique myofibroblastique. Cette réaction est pauci-cellulaire, limitée à l’intima.
Cette lésion est donc histologiquement différente des lésions athéromateuses ou fibrodysplasiques. A l’opposé, lors du mouvement de flexion de la hanche, l’artère décrit une boucle « d’excès de longueur”. Cette boucle peut aboutir, à une véritable plicature avec interruption du flux sanguin.
Plus précisément :
- Les artères iliaques, qui permettent d’alimenter les cuisses en sang, sont pliées et déformées lors des mouvements répétés de flexion des jambes.
- Le pédalage induit des flexions répétées de la cuisse sur la hanche (90 par minute au moins, vitesse moyenne de pédalage), responsable d’autant de plicatures sur ce segment de l’artère iliaque externe. Progressivement elle va se déformer et s’étirer.
- La pratique intensive du vélo, chez ce cycliste confirmé, lui a permis d’acquérir des compétences cardio-vasculaires exceptionnelles. Le débit artériel, lors de gros efforts, pourrait être considéré comme « supranormal », la violence de l’éjection sanguine traumatise l’artère par voie interne. La paroi de cette artère réagit au choc sanguin en s’épaississant.
Symptômes de l'Endofibrose Artérielle
La symptomatologie clinique est très évocatrice, le sujet se plaint d'une douleur paralysante ou d'un gonflement de la cuisse ou des deux symptômes en alternance. Les symptômes apparaissent lors d'efforts maximaux ou supramaximaux. L'intensité de la douleur oblige le sportif à revenir à un effort d'intensité moindre.
Quatre vingt dix pour cent des patients ont réalisé plus de 50 000 km. La symptomatologie s’exprime le plus souvent à l’effort, exacerbée lors des sprints, à type de douleur paralysante du membre inférieur, prédominant à la cuisse, irradiant vers la fesse ou le mollet, cédant à l’arrêt de l’effort. Une sensation de gonflement de la cuisse est fréquemment rapportée.
Voici les principaux symptômes:
- Douleurs ou des crampes dans les jambes.
- Fatigue.
- Engourdissements dans les pieds.
- Douleur musculaire semblable à une crampe lors de l’effort en raison d’un afflux sanguin insuffisant.
- Jambe lourde ou une sensation d’étau au niveau de la cuisse.
- Gonflement de la cuisse.
Ces symptômes peuvent être plus prononcés durant l’effort et s’améliorer avec le repos. L’endofibrose est fréquemment diagnostiquée à tort comme un problème musculaire ou nerveux.
Au décours d’une accélération brutale du peloton, une douleur fulgurante à type de crampe, au niveau de la cuisse, de la jambe, voire irradiant jusqu’au pied, oblige cette fois à stopper net son effort pour mettre pied à terre. Cette description est pourtant quasi pathognomonique d’une souffrance d’origine artérielle.
Diagnostic de l'Endofibrose Iliaque
L’endofibrose iliaque touche généralement les sportifs, particulièrement les cyclistes professionnels ou amateurs (avec une pratique > 5 000 km/an), plus rarement les coureurs de fond ou les avironneurs. La moyenne d’âge des patients atteints de l'endofibrose iliaque est d’environ 30 ans. Dans la population générale cette pathologie est peu fréquente donc difficilement diagnostiquée.
Différents examens sont utiles pour réaliser le diagnostic de l'endofibrose iliaque:
- Examen clinique: L’examen clinique permet d’interroger le patient sur ses pratiques sportives, la fréquence de ses entrainements, et également ses antécédents familiaux. L’examen clinique vérifie une éventuelle asymétrie des différents pouls artériels de chaque membre.
- Écho Doppler vasculaire: C’est un type d‘échographie qui permet de visualiser le flux sanguin et de mesurer les pressions sanguines systoliques à la cheville au repos et à l’effort.
- Tc PO2 d’effort: Permet de doser le taux d’oxygénation des tissus sous-cutanés à l’effort. Dans ce cas, on réalise ce test sur home-trainer ou tapis de course en reproduisant la douleur du patient.
- Angioscanner ou angio IRM: Ce sont des examens radiologiques qui permettent de visualiser les artères en 3D grâce à l’injection d’un produit de contraste. L'artériographie menée par voie artérielle (cathétérisme fémoral rétrograde) nécessite des clichés de face et oblique du bassin, membres inférieurs en extension, afin de parfaitement dégager les axes iliaques et les opacifier dans différentes incidences. L’image caractéristique est une sténose d’environ 5 cm, débutant de 1 à 3 cm en aval de l’ostium de l’artère iliaque interne.
Dans le doute, une angioscopie percutanée de l'artère iliaque externe permet de faire le diagnostic.
Le consensus du diagnostic clinique était une faiblesse de jambe et une douleur de cuisse à l'effort avec une résolution des symptômes dans les 5 mn suivant l’arrêt de l'effort. L’examen complémentaire le plus important est l’échographie-Doppler et notamment la mesure des pressions systoliques à la cheville (ou IPS) avant et après un effort (type de l’effort non précisé) reproduisant les symptômes, la mesure devant être réalisée en décubitus.
| Examen | Description | Objectif |
|---|---|---|
| Examen clinique | Interrogation sur les pratiques sportives et antécédents | Recueillir des informations sur les symptômes et les facteurs de risque |
| Écho Doppler vasculaire | Visualisation du flux sanguin et mesure des pressions systoliques | Évaluer le flux sanguin et détecter d'éventuelles anomalies |
| Tc PO2 d’effort | Dosage du taux d’oxygénation des tissus sous-cutanés à l’effort | Mesurer l'oxygénation des tissus lors de l'effort |
| Angioscanner ou angio IRM | Visualisation des artères en 3D avec injection de contraste | Visualiser la structure des artères et détecter des sténoses |
Traitement de l'Endofibrose Artérielle
Le traitement de l'endofibrose est toujours chirurgical. Le traitement consiste généralement en une intervention chirurgicale. Le sportif doit autrement arrêter le sport intensif.
Face à l’endofibrose iliaque, il est possible de réaliser une chirurgie ou de s’abstenir de tout traitement. Les lésions se stabilisent en arrêtant le sport responsable ou en le diminuant. La plupart du temps, la chirurgie n'est pas essentielle, mais elle est cependant nécessaire pour continuer une pratique intensive du sport.
Plusieurs techniques de chirurgie sont possibles selon les cas. On peut par exemple réaliser une simple résection artérielle avec endofibrosectomie, c’est-à-dire que l’on retire uniquement la partie de l’artère qui est atteinte. On privilégiera cette chirurgie si l’endofibrose n’est pas trop sévère. Dans le cas où la situation l’exige, il est aussi possible de réaliser un remplacement de l’artère iliaque externe par un pontage prothétique ou plus rarement de faire une angioplastie (dilatation) en posant un stent.
Le traitement ne peut être que chirurgical, visant à lever la sténose, simple ablation de la portion pathologique, avec la possibilité d’une résection partielle de l’artère plus ou moins étendue. La pose d’un greffon, préalablement prélevé est parfois nécessaire. Il consiste en une artériolyse, une section des artères du psoas si elles existent, et une résection-anastomose de l’artère iliaque externe visant à corriger son excès de longueur. Une endofibrosectomie est associée et lorsqu’il s’agit d’une sténose longue, le geste peut être complété par une dilatation per-opératoire.
Le suivi post opératoire est très important pour ne pas avoir de séquelles. La kinésithérapie sera essentielle et progressive, elle permettra notamment la reprise du sport.
Il y eu consensus rapide sur le fait que les thérapies médicales étaient inefficaces. Le premier traitement à proposer est l'arrêt du sport car l'arrêt de l'effort prévient la progression de l'endofibrose. Il n’y a pas de consensus sur la durée de l’arrêt du sport. Il est suggéré un arrêt pendant 6 à 8 semaines. Le traitement endovasculaire et la chirurgie de la plicature seule, sans endartériectomie, sont à éviter. Il y eu un consensus sur la réalisation d’une endartériectomie.
Il existe un consensus sur la surveillance clinique post-opératoire, l’échographie-Doppler pouvant être utile pour dépister certaines complications asymptomatiques ou les faux-anévrismes.
Prévention de l'Endofibrose
Les cyclistes peuvent prévenir l’endofibrose en maintenant un poids de forme sain, en évitant le surentraînement et en s’appliquant à utiliser une bonne technique de pédalage pour ne pas exercer une pression excessive sur l’artère iliaque. Une étude posturale vous permettra de gagner en performance et en confort. Un bike fitting peut s’avérer être un investissement précieux pour prévenir des blessures liées à de mauvais ajustements.

L'importance d'un Deuxième Avis
L’endofibrose iliaque est une pathologie mal diagnostiquée et peu fréquente dans la population générale. Un deuxième avis auprès d’un spécialiste permet une prise en charge optimale adaptée à des besoins personnels. Un deuxième avis apporte également des conseils concernant une possible chirurgie et son suivi post opératoire. En effet, la chirurgie et la rééducation qui doit suivre nécessitent un suivi optimal et il est important de comprendre les enjeux de ce traitement et d’y adhérer pleinement.
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