Dans l’histoire des Jeux olympiques, le cyclisme sur piste se distingue comme un pilier du sport français, prouvant sa capacité à traverser les âges. Dès 1896, c’est dans cette discipline que l’équipe de France s’est illustrée avec les sacres de Léon Flameng et Paul Masson, qui a même réussi l’exploit de décrocher trois titres, en tour de piste contre-la-montre, vitesse et 10 km piste. Avec une domination française, tout d’abord, lors de l’apparition des Jeux olympiques modernes en 1896.
LA LÉGENDE DE L'ALTO DE L'ANGLIRU - LES COLS MYTHIQUES #6 - VUELTA
Les Légendes du Cyclisme sur Piste Français
Ils sont 35. 35 Tricolores à avoir brillé sur les vélodromes du monde entier et à avoir décroché le graal : une médaille d’or olympique. 128 ans plus tard, Paul Masson, décédé en 1944, trône toujours sur le podium des cyclistes les plus victorieux aux Jeux olympiques. Il a toutefois été dépassé par deux prodiges : Daniel Morelon et Florian Rousseau.
Le premier, qualifié pour les Jeux olympiques 1964, 1968, 1972 et 1976, compte également trois médailles d’or, remportées au Mexique (vitesse et tandem) et à Munich (vitesse), mais aussi une médaille d’argent et de bronze, toujours sur l’épreuve de la vitesse.
Florian Rousseau, directeur du programme olympique pour Paris 2024, s’est, lui, illustré à Atlanta en 1996 et à Sydney en 2000. Champion olympique du kilomètre aux États-Unis, le pistard a réalisé des JO australiens prodigieux, avec deux médailles d’or (keirin et vitesse par équipes) et une médaille d’argent à la clé (vitesse individuelle).
Le Cristolien Pierre Trentin compte, lui, deux médailles d’or. En 1968, à Mexico, lors de la meilleure année de sa carrière, le Francilien a été couronné sur l’épreuve du kilomètre et en tandem aux côtés de Daniel Morelon. Un exploit qu’il n’est pas parvenu à réaliser l’année suivante, échouant à la 4e place dans cette même discipline.
Mis à part ces cinq pistards décorés, 31 cyclistes ont remporté au moins un titre sur la piste, que ce soit en individuel ou par équipes.
« C’était un sport traditionnel, en France, avec beaucoup d’engouement au moment où sont apparus les Jeux, rappelle Daniel Morelon, triple champion olympique de vitesse entre 1968 et 1972. Désormais, le cyclisme s’est internationalisé. Après la Seconde Guerre mondiale, la France a de nouveau compté parmi les nations majeures.
« On n’était peut-être pas très nombreux, mais il y en avait quelques-uns de très bons. En France, les compétitions étaient toujours de bon niveau. Face à moi, j’avais Pierre Trentin (double champion olympique). Il y a ensuite eu les Quintyn, les Pontet. Cette concurrence franco-française a été le moteur d’une autre période faste, celle de la fin des années 1990 (poursuite par équipes remportée à Atlanta en 1996) et du début des années 2000, l’époque des Florian Rousseau, Laurent Gané ou Arnaud Tournant.
Responsable au pôle de l’Insep, Daniel Morelon prend dans les années 1990 la tête du pôle de Hyères. « Il y a alors eu une très forte émulation. Les coureurs, lors du trophée Fenioux organisés en France, avaient à cœur d’être les meilleurs dans ces confrontations.
En individuel, la même année, cette concurrence n’avait pas permis de décrocher l’or. « Il n’y a pas de problème jusqu’à ce que les coureurs se rencontrent en demi-finale, à Sydney. Laurent Gané (que Daniel Morelon entraînait) et Florian Rousseau (entraîné par Gérard Quintyn), se sont “tués”. Personne n’a voulu céder. Vainqueur de ce duel, Florian Rousseau a disputé, émoussé, la finale, devant se contenter de l’argent. La loi du sport.
Depuis 2004, les médailles d’or échappent toutefois à l’équipe de France, qui a dû se contenter de deuxièmes et troisièmes places.

Félicia Ballanger : La Reine de la Piste
Comme Paul Masson, Félicia Ballanger est montée sur la première marche du podium à trois reprises, lors des éditions 1996 et 2000. La Vendéenne, qui dominait ses adversaires en même temps que Florian Rousseau, a brillé en vitesse et en 500 m, des épreuves où elle a également décroché tous les titres mondiaux entre 1995 et 1999.
Les hommes n’ont pas été les seuls à briller sur la piste. La Vendéenne Félicia Ballanger a également dominé la discipline. « Félicia s’entraînait tout le temps avec les garçons, qui représentaient une locomotive pour elle. Elle avait des qualités hors du commun.
Née à La Roche-sur-Yon, aujourd'hui installée en Nouvelle-Calédonie, Félicia Ballanger n'a jamais oublié son département d'origine. Elle n'a tout simplement rien oublié de ses nombreuses aventures, elle qui compte certainement le plus beau palmarès féminin du cyclisme sur piste français. C'est simple, entre 1995 et 2000, rien ne résiste à la tornade vendéenne.
Son palmarès parle pour elle, avec 10 championnats de France sur l'épreuve de vitesse, cinq championnats du monde. Mais la Française compte aussi et surtout trois médailles d'or en vitesse et sur 500m, aux Jeux d'Atlanta en 1996 puis ceux de Sydney en 2000. "Les trois médailles restent trois moments fabuleux, avec à chaque fois des émotions différentes. Je n'ai jamais rien vécu de plus fort", se rappelle la championne.
Trois fois sur la plus haute marche du podium
"Les gens ne se rendent pas forcément compte du travail derrière chaque médaille. C'est parfois très dur, mais ça en valait aussi la peine. J'ai vécu des moments privilégiés". Notamment le fait de monter sur la plus haute marche du podium à trois reprises, avec La Marseillaise qui retentit toujours derrière en fond sonore. "Le podium, c'est un peu la cerise sur le gâteau, la récompense. Mais le plus marquant, c'est lorsqu'on est dans l'action avec le vélo".
Au delà du cyclisme et de ses propres exploits, Félicia Ballanger se sent aussi "privilégiée" d'avoir pu assister à d'autres moments inoubliables, comme à Atlanta en 1996, lorsque le champion américain Carl Lewis s'élance dans le stade olympique. "Il n'avait même pas commencé à courir que tous les flashs crépitaient déjà. C'est aussi ça la magie des Jeux, on croise tout le monde, de la plus petite gymnaste au plus grand basketteur".
Plus de vingt ans après, la Vendéenne parle toujours de ses olympiades avec aplomb, avec un plaisir non dissimulé. Un moment l'avait aussi profondément marqué, après les Jeux d'Atlanta. "Je me retrouve invitée sur un plateau télé avec deux autres champions olympiques. Et il y avait le chanteur Ray Charles. J'étais très impressionnée. C'était fabuleux comme moment".
Aujourd'hui, la championne de cyclisme sur piste garde précieusement deux de ses médailles d'or avec elle. La troisième a été confiée à un proche. Et la Vendéenne prend plaisir à suivre les Jeux de Paris. Elle a d'ailleurs participé au relais de la flamme olympique fin mai, quelques mois plus tôt. Et pas n'importe où. Félicia Ballanger a eu la chance de porter la flamme au sommet du mont-Saint-Michel. Un lieu d'exception pour une championne d'exception.
Jeannie Longo : Une Légende du Cyclisme sur Route
Cycliste la plus titrée aux championnats du monde (5 sacres sur route, 4 en contre-la-montre) ou aux championnats de France (20 sur route, 11 en contre-la-montre), la Grenobloise Jeannie Longo a aussi laissé sa trace aux Jeux olympiques. Elle est ainsi la sportive française, hommes et femmes confondus, qui a pris part au plus grand nombre d’olympiades.
La triple vainqueure du Tour de France, avec sept participations, avait fait des JO un objectif majeur. Avec en point d’orgue son titre, lors de la course en ligne à Atlanta 1996 (photo), à 37 ans. « Avec le titre olympique, j’ai eu l’impression que tout changeait. C’était comme un laissez-passer. Le regard des gens change complètement, c’est la planète qui vous regarde.

Alors que la France avait obtenu 13 médailles entre 1906 et 1956, Jeannie Longo avait mis fin, à Barcelone en 1992, à trente-six années de disette pour le cyclisme sur route tricolore, grâce à sa médaille d’argent. Avec quatre médailles dont un titre, le bilan peut paraître maigre pour cette championne qui a longtemps dominé le cyclisme mondial.
Mais tout doit être aligné pour espérer l’emporter sur une course d’un jour, ce qui n’a pas toujours été le cas pour celle qui était encore désignée « sportive préférée des Français » en 2011, à 52 ans. Une collision dans le final l’avait empêché de faire mieux qu’une 6e place en 1984, pour l’apparition du cyclisme féminin aux JO. Et en 1988, elle avait participé (21e) un mois seulement après s’être fracturé la hanche.
Le VTT et le BMX aux Jeux Olympiques
Le VTT est au programme des JO depuis 1996. Sept olympiades plus tard, la France est en tête du classement des médailles, avec quatre titres remportés. Miguel Martinez est le premier à avoir brillé, avec une médaille de bronze à Atlanta en 1996, et surtout l’or en 2000 à Sydney.
Chez les femmes, Julie Bresset a elle aussi décroché l’or, en 2012, à Londres. La France marque le pas depuis, avec un zéro pointé en 2016 et 2021. Mais les ambitions seront élevées à Paris, notamment chez les femmes avec le duo Pauline Ferrand-Prévot - Loana Lecomte.
En BMX, malgré un départ sur les chapeaux de roues en 2008 grâce au doublé Anne-Caroline Chausson et Laëtitia Le Corguillé (or et argent), la France ne s’est pas installée comme une nation dominante, n’obtenant aucune médaille par la suite.
Pauline Ferrand-Prévot : Vers un Sacre au Tour de France ?
Pauline Ferrand-Prévot, 33 ans, est aux portes d’un exploit majuscule : ce dimanche 3 août 2025, elle peut remporter le Tour de France femmes avec Zwift. Une semaine après l’épreuve masculine, le Tour de France femmes avec Zwift est sur le point de s’achever, ce dimanche 3 août 2025. Et ce finish peut se faire en apothéose pour le cyclisme français, car Pauline Ferrand-Prévot est aux portes du sacre.
Il y a un peu plus d’un an jour pour jour, celle qui avait alors 32 ans, vivait une consécration : en France, pour sa quatrième participation aux Jeux olympiques, elle décrochait la médaille d’or à l’issue de la course de VTT cross-country.
Si ce sacre olympique a été synonyme de succès majeur pour celle qui est surnommée "PFP", elle a eu le temps de s’illustrer à de très nombreuses reprises depuis le début de sa carrière professionnelle. En effet, en 2014, Pauline Ferrand-Prévot remportait le championnat du monde de cyclisme sur route : elle devenait la première française à réaliser cet exploit depuis une certaine Jeannie Longo en 1995, véritable icône tricolore du cyclisme.
Pauline Ferrand-Prévot, qui compte aussi trois titres européens et 14 sacres nationaux, s’est adjugé la Flèche Wallonne en 2014. Le 2 août 2025, la coureuse de 33 ans a remporté l’étape reine du Tour de France, gérant notamment avec brio le col de la Madeleine.
Hommes et femmes confondus, ce succès serait le premier pour la France depuis 1989 et le sacre de Jeannie Longo au Tour de France féminin (qui, entre temps, a changé de nom et de visage à plusieurs reprises). A la fin des années 1980, la native d’Annecy menait des duels épiques avec l’Italienne Maria Cannins.
Les Médailles de Madouas et Laporte aux JO de Paris 2024
En terminant deuxième et troisième de la course en ligne des JO de Paris 2024, Valentin Madouas et Christophe Laporte font désormais partie des neuf cyclistes français médaillés aux Jeux Olympiques. Une première médaille olympique pour le cyclisme français depuis 1956, et l'argent d'Arnaud Geyre. C'est dire l'exploit réalisé ce samedi par Valentin Madouas et Christophe Laporte, respectivement deuxième et troisième de la course en ligne des JO de Paris 2024, remportée par Remco Evenepoel.
Les coureurs de 28 et 31 ans sont rentrés dans le cercle fermé des neuf médaillés français en cyclisme aux Jeux Olympiques. L'histoire olympique de la délégation française a débuté en 1920 à Anvers, où Fernand Canteloube avait décroché la médaille de bronze.
À noter qu'entre 1912 et 1932, la course se déroulait sous la forme d'un contre-la-montre de 100 kilomètres. En 1924, à Paris, a eu lieu le premier doublé tricolore grâce à Armand Blanchonnet (or) et René Hamel (bronze). Depuis, Robert Charpentier (or) et Guy Lapébie (argent) sont aussi montés tous les deux sur le podium en 1936, le dernier doublé français jusqu'à ce samedi. José Beyaert (or en 1948) et Arnaud Geyre (argent en 1956) avaient ramené les deux dernières médailles au contingent tricolore.
«Faire deuxième ici à Paris dans un cadre comme celui-là, je ne pouvais pas rêver mieux», a réagi Madouas. «On court pour la victoire mais aujourd'hui elle n'était pas à notre portée, a ajouté Laporte. On est deux sur le podium à Paris, c'est un rêve. Hier on a regardé les gars du BMX qui ont fait 1, 2, 3.
«Au briefing, Thomas m'a dit: 'Val’ prends un coup d'avance tu verras ça t'emmènera loin', a expliqué Madouas. Il fallait s'accrocher dans la roue de Remco, il était au-dessus du lot. Je ne pouvais pas faire mieux», a ajouté le Breton de 28 ans, pilier de l'équipe Groupama-FDJ.
«C'est Val' (Madouas) qui me dit: tu fais trois. C'est incroyable», a raconté Laporte qui, toujours en raison de l'absence d'oreillettes, ne savait pas qu'il sprintait pour une place sur le podium. La même aventure lui était arrivé aux Mondiaux-2022 lorsqu'il avait sprinté pour être deuxième.
«Je pense à ma famille, mes enfants.
Les Défis Actuels du Cyclisme Français
Depuis Jeannie Longo, médaillée de bronze du contre-la-montre aux Jeux olympiques de Sydney, en 2000, la France mange son pain noir. Grande nation du cyclisme s’il en est, avec la plus belle épreuve du monde sur son territoire, la France ne parvient plus à se frayer un chemin sur le podium des épreuves sur route, que ce soit la course en ligne ou le contre-la-montre.
Plusieurs champions tricolores s’y sont pourtant frottés, comme Julian Alaphilippe, Laurent Jalabert, Thomas Voeckler ou Richard Virenque. Sans succès. Il faut dire que les Jeux olympiques sont une course particulière, avec des scénarios souvent fous. C’est notamment ça qui a permis à Alexandre Vinokourov de s’imposer en 2012, à Londres, dans un sprint à deux face à Rigoberto Uran. À Tokyo, c’est Richard Carapaz qui avait surpris tout le monde en partant avec Brandon McNulty à 25 km, avant de le lâcher. Il s’est finalement imposé avec 1′07″ d’avance sur Wout van Aert au Fuji Speedway.
Jan Ullrich, Paolo Bettini, Samuel Sanchez et Greg Van Avermaet se sont également imposés depuis les Jeux olympiques de 2000, à Sydney. Les Français ont dû, eux, se contenter au mieux d’une quatrième place, glanée par Julian Alaphilippe en 2016, lui qui était sans doute le plus fort ce jour-là. À Londres et à Athènes, le meilleur Français ne pointait qu’à la 20e place, que ce soit Sylvain Chavanel ou Thomas Voeckler… Rendez-vous le 4 août pour faire mieux.
Palmarès de la course en ligne hommes depuis 2000
- JO de Sydney : 1. Jan Ullrich (ALL); 2. Alexandre Vinokourov (KAZ); 3. Andreas Klöden (ALL)
- JO d’Athènes : 1. Paolo Bettini (ITA); 2. Sergio Paulinho (POR); 3. Axel Merckx (BEL)
- JO de Pékin : 1. Samuel Sanchez (ESP); 2. Fabian Cancellara (SUI); 3. Aleksandr Kolobnev (RUS)
- JO de Londres : 1. Alexandre Vinokourov (KAZ); 2. Rigoberto Uran (COL); 3. Alexander Kristoff (NOR)
- JO de Rio : 1. Greg Van Avermaet (BEL); 2. Jakob Fuglsang (DAN); 3. Rafal Majka (POL)
- JO de Tokyo : 1. Richard Carapaz (ECU); 2. Wout Van Aert (BEL); 3. Tadej Pogacar (SLO)
Palmarès de la course en ligne femmes depuis 2000
- JO de Sydney : 1. Leontien van Moorsel (NED); 2. Hanka Kupfernagel (ALL); 3. Diana Ziliute (LIT)
- JO d’Athènes : 1. Sara Carrigan (AUS); 2. Judith Arndt (ALL); 3. Olga Slyusareva (RUS)
- JO de Pékin : 1. Nicole Cooke (GBR); 2. Emma Johansson (SUE); 3. Tatiana Guderzo (ITA)
- JO de Londres : 1. Marianne Vos (NED); 2. Elizabeth Armitstead (GBR); 3. Olga Zabelinskaïa (RUS)
- JO de Rio : 1. Anna van der Breggen (NED); 2. Emma Johansson (SUE); 3. Elisa Longo Borghini (ITA)
- JO de Tokyo : 1. Anna Kiesenhofer (AUT); 2. Annemiek van Vleuten (NED); 3.
Le Cyclisme Contre-la-Montre aux Jeux Olympiques
En contre-la-montre non plus (27 juillet en 2024), la France n’a pas brillé. Sans réel spécialiste de la discipline, les Bleus ont dû se contenter des accessits, avec la 11e place de Christophe Moreau en 2004 ou la 5e de Laurent Jalabert en 2000. Viacheslav Ekimov, Fabian Cancellara (deux fois), Bradley Wiggins et Primoz Roglic se sont, eux, offert un titre logique.
Jeannie Longo reste la meilleure performeuse tricolore dans le domaine au XXIe siècle, avec sa médaille de bronze à Sydney (elle avait déjà remporté l’argent en 1996). 60 fois championne de France, l’Annécienne était encore la meilleure en 2004 (14e) et en 2008 (4e), avant qu’Audrey Cordon-Ragot ne prenne le relais. À Londres, pour sa première participation, la Bretonne avait pris la 15e place. C’est Juliette Labous qui avait représenté la nation au Japon, avec une 9e place à la clé, à 2′29″ d’Annemiek van Vleuten. La Bisontine sera à nouveau là cet été.
