Après le troisième et dernier album de Tai Phong en 1979 et malgré l'échec de ses trois 45 tours en solo, Jean-Jacques Goldman, tout en travaillant dans le magasin de sport de son frère, essaie de placer ses chansons.
Le hasard veut que l'un de ses amis, assistant preneur de son, cherche alors des chansons pour une jeune fille qu'il veut lancer. Jean-Jacques donne alors ses chansons pour un concours télévisé, dont "Il suffira d'un signe".
Marc Lumbroso, "jeune éditeur affamé" (dixit Jean-Jacques), note au générique le nom de l'auteur-compositeur et appelle la SACEM pour se procurer ses coordonnées.
Dans un premier temps, Lumbroso démarche les maisons de disques pour placer les chansons de Jean-Jacques en tant qu'auteur-compositeur, sans succès.
En 1981, le label EPIC chez CBS (aujourd'hui Sony Music) se déclare intéressé, et Jean-Jacques devient l'interprète de ses propres chansons.
Pourtant, quelqu'un y croit : Monique Le Marcis, directrice de la programmation musicale de RTL, la première radio française, et elle programme ce titre sans relâche, avec le succès que l'on connaît.
Jean-Jacques sait se montrer reconnaissant.
Depuis quinze ans, si les chaînes de télé qui ont accompagné la sortie de ses albums et ses tournées ont varié, il est reste fidèle à RTL.
Malgré son aversion pour les interviews, il accepte, quelques mois avant la sortie de l'intégrale 1981 - 1991, de participer à l'émission "Grand Format" sur RTL, avec Evelyne Pages, l'équivalent radio de Fréquenstar en quelque sorte, en un peu moins décontracté.
À 73 Ans, Jean-Jacques Goldman Admet ENFIN Ce Que Nous Soupçonnions Tous
Un artiste discret mais dominant
Evelyne Pagès : "Dix ans qu'il domine la scène, dix ans qu'il est un inconnu célèbre, un anonyme de luxe comme il dit, et qui veut le rester en attendant son déclin sagement".
Ainsi s'exprimait Philippe Labro dans son article du 27 mai 1991 publié dans le Point.
Evelyne Pagès : "Aujourd'hui, vous êtes le seul chanteur français à avoir obtenu deux disques de diamant, c'est-à-dire à avoir vendu deux millions d'exemplaires."
Evelyne Pagès : Vous croyez ?!? Evelyne Pagès : (rires) Et bien voilà, le ton est donné.
En fait, je ne dirais pas que vous êtes un optimiste sceptique ou un pessimiste, je ne sais pas comment vous définir, mais vous relativisez, vous relativisez.
Jean-Jacques Goldman : Je sais pas si c'est être philosophe que de voir les choses comme elles sont, c'est-à-dire que c'est vrai que c'est très agréable de vendre des disques.
Jean-Jacques Goldman : On fait pas du porte à porte ! On fait tous des disques et on sait pas trop comment ça va être reçu.
C'est vraiment très agréable quand c'est bien reçu.
Evelyne Pagès : C'est un travail qui vous tient à cur. Vous y passez énormément de temps.
Ce n'est pas l'enregistrement d'un concert live, qui vous prend également aussi toute votre énergie.
C'est un beau produit. Tout est pesé, sous-pesé. La pochette, la photo... J'ai encore un disque 33 T, je sais que je suis un peu démodée puisque maintenant on ne parle plus qu'en CD, mais j'imagine qu'il y a un symbole, par exemple, quand on vous voit avec Michaël Jones et Carole Fredericks, c'est une scène à table, je ne dis pas que c'est *la* Scène parce que vous n'êtes que trois, mais j'imagine que chaque détail a son importance.
Vous buvez peut-être de la bière, eux sont au vin rouge pour Carole Fredericks et à l'eau pour Michaël Jones...
Jean-Jacques Goldman : Non ! C'est les bonnes boissons mais dans le désordre ! [rires] Mais c'est vrai que sans rentrer dans les détails, l'esprit de la pochette est important.
Evelyne Pagès : Il y a un air de bonheur qui se dégage. J'en reviens à l'évidence. Voilà ce qui a changé en dix ans, Jean-Jacques, vous n'êtes plus un, vous êtes trois. Et ça, on le sentait venir quand vous avez commencé à chanter avec Michaël.
Jean-Jacques Goldman : C'est une vieille histoire aussi dans le sens où j'ai été au milieu de groupes pendant une quinzaine d'années.
D'une certaine manière, c'est plutôt les années 81 à 90 qui ont été un peu bizarres, dans le sens où je faisais quelque chose d'un peu contre nature qui était de chanter seul.
Evelyne Pagès : On est mieux à trois ?
Jean-Jacques Goldman : Je ne crois pas que ce soit psychologique ou alors ça fait partie d'une analyse que je ne fais pas. J'aime le mélange des voix.
Evelyne Pagès : Il y a, apparemment, un bonheur d'être sur scène, qui est communicatif, puisque le public est là, il vient.
Vous allez passer un été studieux, et en même temps, je pense que le travail, c'est votre récréation, en parcourant les routes de France, avec nous, avec RTL.
Un petit mot, simplement, à propos de l'image un peu stéréotypée que l'on veut donner de vous : le chanteur qui refuse l'interview. C'est vrai ? C'est moins vrai ?
Jean-Jacques Goldman : Je pense qu'il y a maintenant un média qui est en train de bousculer tous les autres sur le plan de l'importance qui est la télévision.
Evelyne Pagès : Vous pensez que c'est une comédie l'interview ?
Jean-Jacques Goldman : Je ne pense pas du tout cela de façon globale. C'est vraiment quelque chose de personnel.
Une émission que je trouve magnifique comme "Mon Zénith à moi" que je regarde régulièrement, j'ai beaucoup d'estime pour Denisot... J'ai toujours refusé de la faire tout simplement parce que je n'ai pas envie de raconter ces choses-là aux gens.
Si on y va pour tricher ou pour occulter des choses un peu plus personnelles, ce n'est pas la peine d'y aller.
C'est une des raisons principales. Ceci dit, je suis très content d'entendre les autres.
Evelyne Pagès : Pas trop. On va refaire un peu le parcours de votre vie jusqu'à la notoriété qu'on sait. Un peu d'enfance, un petit peu d'études, avec vos camarades qui n'ont pas changé.
Ce qui me plaît, c'est que ce sont les mêmes depuis dix ans : les fidèles, Thierry Suc, Michaël Jones bien entendu, il est là depuis le début. On va savoir comment la mosaïque s'est composée.
Première chanson que l'on pourrait entendre, je l'aime beaucoup, c'est "Un, deux, trois".
Evelyne Pagès : Jean-Jacques Goldman, le principe de Grand Format, c'est d'accumuler des témoignages, et ainsi de former un puzzle pour reconstituer cette image de l'invité.
L'enfance et les débuts
Robert Goldman : C'était un enfant qui, sans être banal, était un enfant normal. Il n'était ni le premier de sa classe, ni dernier.
Ce n'était ni un génie, ni un cancre. C'était, au niveau scolaire, un enfant normal, et au niveau du comportement, un enfant normal.
On ne peut pas dire que, dès sa plus tendre enfance, il rêvait d'être chanteur ou musicien. En tout cas, quand il était jeune.
Il y a des gens qui deviennent médecin ou pompier, et qui disent, quand ils étaient petits, rêvaient d'être médecin ou rêvaient d'être pompier. Lui, non.
Jamais on avait le genre de discussion que l'on prête souvent aux enfants du genre "quand je serai grand, je ferai ceci, ou quand je serai grand, je ferai cela".
On n'a jamais eu l'insouciance des grands rêves. On n'a jamais rêvé d'être quelque chose d'exceptionnel.
Evelyne Pagès : Vrai ? Evelyne Pagès : C'est tout à fait vrai ? Vous n'avez jamais voulu être rien ? Ni pompier ? Ni médecin ? Ni astronaute ?
Jean-Jacques Goldman : Je n'ai aucun souvenir de ça... Peut-être que quand j'avais trois-quatre ans, j'était un peu fasciné par Davy Crockett, mais... (rires); je ne me rappelle pas avoir vraiment *envie* de devenir Davy Crockett. J'aimais bien Davy Crockett.
Jean-Jacques Goldman : J'avais un grand Davy Crockett, un soldat de plomb, un cadeau de Noël.
Jean-Jacques Goldman : C'est du domaine de l'état civil ! Jean-Jacques Goldman : Oui. Très sage.
Je n'ai jamais reniflé de la colle, je n'ai jamais volé aucune mobylette... J'ai jamais dit "merde" à mes parents... Très très banal quoi.
Robert Goldman : Ce qui me frappe aujourd'hui, c'est à quel point il n'avait pas de traits, de personnalité extrême.
Il n'était pas très énervé, il n'était pas très calme, il n'était pas renfermé. Il n'y avait rien d'extrême.
Si vous voulez, quand il était dans une classe, je ne veux pas dire qu'il passait complètement inaperçu, c'est pas vrai, mais il avait un certain conformisme et aujourd'hui, je pense, ça correspondait à un certain décalage entre une certaine insouciance qu'avaient ses camarades de classe et ses préoccupations.
Il n'avait rien d'excessif. Ni il n'était seul dans son coin, ni il n'était le leader de grands chamboulements dans les écoles. Il était toujours, j'allais dire proche des faibles mais c'est pas ça.
Jean-Jacques Goldman : Vous trouvez ?
Evelyne Pagès : Je trouve que là, tout d'un coup, normal, normalité, équilibre... Quand même.
Jean-Jacques Goldman : J'étais pas spécialement courageux non plus ! Evelyne Pagès : Ah bon ? Petit de taille ?
Jean-Jacques Goldman : Je suis moyen... Jean-Jacques Goldman : Non, non. Un mètre soixante-quinze. C'est psychologique, si vous me voyez grand.
Evelyne Pagès : ... 60, 65. Jean-Jacques Goldman : Bah oui. J'ai pas beaucoup de souvenirs de cette époque-là.
Evelyne Pagès : Ah ! Jean-Jacques Goldman : Je me suis ennuyé pendant toutes mes études. J'en veux beaucoup au corps professoral français.
Parce qu'en plus, il y a beaucoup de choses maintenant qui m'intéressent en histoire, en géographie. Je découvre tout ça dans la vie et quand je pense qu'ils ont réussi à me faire haïr tout ça : la littérature, les maths, la géologie, la géographie, l'histoire.
Jean-Jacques Goldman : J'avais pas envie ! J'étais, j'étais, très fasciné par les autres, je regardais les gars qui étaient forts en sport, ceux qui étaient forts en maths... J'étais très à l'écoute des autres et je me sentais vraiment comme la masse des gens.
Jean-Jacques Goldman : ... Evelyne Pagès : Et bien j'espère. [sur un ton un peu guindé, cette fois :] Ecoutez, je ne m'ennuie pas encore. Je vous le dirai.
Jean-Jacques Goldman, écoutons une autre chanson de vous.
Evelyne Pagès : Il suffira.
Jean-Jacques Goldman : Sur le premier album, j'avais fait des tas de chansons auxquelles je croyais pour être le premier simple qui allait marcher, et dont on n'a jamais entendu parler, et il y avait une chanson que j'avais faite pour me faire plaisir qui s'appelait "Il suffira d'un signe", qui n'avait aucune chance en 45 T parce qu'elle fait cinq ou six minutes sur l'album, et c'est celle qui a marché, et à partir de ce moment-là, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je me fasse plaisir.
Evelyne Pagès : Jean-Jacques Goldman s'ennuie à l'école. Il va s'intéresser, peut-être, davantage à la vie grâce à HEC Lille ou il fait quand même un séjour prolongé : trois ans. Vous terminez vos études ?
Jean-Jacques Goldman : Oui. Je me suis arrêté parce qu'il n'y avait plus rien après. (rires).
Les études et l'EDHEC Lille
Evelyne Pagès : Et M. Bourgois ? M. Bourgois : Jean-Jacques Goldman apparaissait comme quelqu'un de discret, je ne dis pas effacé, mais discret, très réservé, et évidemment, le souvenir que j'en ai, est le souvenir de quelqu'un qui n'attirait pas particulièrement l'attention, mais dont on pouvait garder, ça ou là, un souvenir.
En particulier, à la fin d'une épreuve d'anglais oral, le jour ou je l'avais interrogé sur un sujet aussi peu palpitant que le fonctionnement de la bourse en Grande-Bretagne, je lui avais posé une question sur la chanson - et j'ignorais tout à fait, lui aussi sans doute, quel serait son avenir dans ce domaine - je lui avais posé comme question "Connaissez-vous un certain Stéphane Goldmann ?", c'est un de mes chanteurs préférés.
Il m'avait répondu, comme toujours d'ailleurs, de façon assez évasive, oui, oui, sans doute, peut-être. C'est le souvenir le plus marquant que j'en ai.
C'était quelqu'un qui se situait dans le milieu du tableau, dans la deuxième moitié de tableau sur le plan des résultats dans le domaine commercial.
Je crois me souvenir qu'à l'époque, son point fort était plutôt le droit que les matières quantitatives.
Evelyne Pagès : Il ne manque pas d'humour M.
Jean-Jacques Goldman : Il me fait sourire parce qu'il a très très bien vu les choses. En fait, il n'y avait rien à voir ! C'était probablement quelqu'un d'intéressant et de passionnant, ne serait-ce que pour enseigner à l'EDHEC, je crois qu'il fallait avoir de grandes compétences, et j'ai pas souvenir non plus d'un professeur spécialement abject.
Je pense que c'était quelqu'un de très sympathique. Les rapports que peut avoir un élève dans une promotion de 90 ou 100 personnes avec un prof d'anglais commercial, c'est assez limité...
Je n'ai jamais eu de rapports spécialement intimes avec aucun de mes professeurs, mais j'en ai haï assez peu ! Franchement, le souvenir que j'ai de mes quinze ou vingt ans d'études, c'est cette horloge grise derrière, ronde avec ces minutes si lentes alors qu'elles me paraissent tellement rapides maintenant. Vraiment, je ne pardonne pas ça. Je ne pardonne pas ça.
Jean-Jacques Goldman : Je dirais qu'un garçon n'a pas besoin d'études, contrairement à ce que disent les gens, que les filles n'en ont pas besoin et qu'il faut pousser les garçons. Je crois que c'est tout à fait le contraire.
Un garçon, s'il veut s'en sortir, il peut toujours s'en sortir, et par contre, il faut absolument pousser les filles dans leurs études, parce qu'elles ont besoin d'un métier.
Il y aura un moment, entre vingt-cinq et trente ans, ou trente-cinq ans, où elles seront bloquées, par leur famille, par leurs enfants, et donc elles auront besoin, à ce moment-là, de s'appuyer sur un bagage.
C'est mieux, quand même, d'être médecin pour travailler à mi-temps, d'être psychologue, ou d'être prof... Le diplôme, c'est quand même la porte pour l'aménagement du temps, pour une femme.
Moi, je pousserai beaucoup mes filles à faire des études ; par contre, un garçon, non. Il peut s'en sortir en vendant des jeans sur un marché, il y a des tas de métiers où il est plutôt mal vu de faire des études.
Pour devenir directeur d'une maison de disques ou preneur de son, ou musicien, ce sont des choses qui s'apprennent à côté. A la limite, un diplôme, ça peut plutôt les perturber.
Quand on a un diplôme de vétérinaire, en général, on devient vétérinaire. Peut-être que ce n'est pas ce que l'on avait envie de faire...
Jean-Jacques Goldman : Il y a vraiment une grande différence.
Evelyne Pagès : Ça, j'avais remarqué ! Il faut quand même être d...
Voici un tableau récapitulatif des étapes clés de la carrière de Jean-Jacques Goldman :
| Année | Événement |
|---|---|
| 1979 | Dernier album de Tai Phong |
| 1981 | Signature chez EPIC (CBS) |
| 1991 | Sortie de l'intégrale 1981-1991 |
